Quand le président Donald Trump se vante d’avoir mis fin à une guerre qui fait encore rage
Depuis 2021 jusqu’à ce jour, l’Est de la RDC est le théâtre d’une guerre sans précédent opposant le gouvernement de la République démocratique du Congo à la rébellion de l’AFC/M23. Entre-temps, la population de l’Est de la RDC en général, et celle des Banyamulenge en particulier, s’étonne de constater que le président des États-Unis d’Amérique se vante d’avoir mis fin à une guerre qui continue pourtant de faire rage. En effet, cette guerre ne cesse d’emporter des vies humaines innocentes, de détruire les biens de populations civiles et de priver les habitants des hauts plateaux des provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, principalement les Banyamulenge vivant à Minembwe, de l’accès aux biens de première nécessité et aux services de base.
Cette attitude arrogante consistant à se vanter d’avoir mis fin à la guerre en RDC alors qu’elle ne cesse de s’intensifier a été une nouvelle fois manifestée par le président Donald Trump le 5 février 2026 aux États-Unis, lors de la prière nationale à laquelle a participé le président de la RDC, Félix Tshisekedi Tshilombo. Au cours de cette cérémonie, le président américain a également vanté la bravoure du président congolais pour son implication dans la signature des accords ayant, selon lui, mis fin à la guerre en RDC. Malheureusement, ni l’Accord de Washington, signé le 4 décembre 2026 entre le gouvernement congolais et le gouvernement rwandais, ni l’Accord de principes de Doha, signé le 19 juillet 2025 entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, n’ont contribué au retour effectif de la paix et du calme, notamment sur les lignes de front.
Cette réalité est de plus en plus dénoncée par les populations de l’Est de la RDC, en particulier les Banyamulenge, qui se disent victimes de la barbarie et des atrocités récurrentes perpétrées par les miliciens locaux dits Wazalendo, soutenus par le gouvernement congolais. Pour preuve, au lendemain de la prière nationale au cours de laquelle le président Donald Trump s’est targué d’avoir mis fin à la guerre à l’Est de la RDC, des milliers d’habitants de Minembwe, territoire du Sud-Kivu abritant majoritairement des Banyamulenge n’ayant pas encore fui vers des pays étrangers à cause de la guerre et de la discrimination, ont manifesté pour dénoncer la poursuite des hostilités malgré l’Accord de principes de Doha, lequel insinuait un arrêt immédiat de la guerre afin de permettre à la population locale de vaquer librement à ses activités quotidiennes.
Lors de cette manifestation, organisée effectivement à Minembwe le 6 février 2026, les populations ont dénoncé le fait qu’elles continuent d’être victimes de bombardements aveugles menés à l’aide de drones et d’armes lourdes par les FARDC, en collaboration avec les forces armées burundaises et des mercenaires soutenant le régime de Kinshasa dans sa lutte contre la rébellion de l’AFC/M23. L’AFC, structure politico-militaire coordonnée par l’ancien président de la CENI de la RDC, M. Corneille Nangaa, occupe déjà des zones stratégiques de l’Est de la RDC, notamment les villes de Goma et de Bukavu.
Bien que la région de Minembwe soit actuellement contrôlée par la rébellion de l’AFC/M23 en alliance avec le MRDP-Twirwaneho, la population civile de cette partie de la RDC dénonce également le fait que, au lieu de cibler les positions militaires de l’AFC/M23 et de Twirwaneho, la coalition formée par les FARDC, les forces armées burundaises, les miliciens Wazalendo et les mercenaires bombarde aveuglément les habitations civiles, de jour comme de nuit, provoquant des morts, des blessés, des traumatismes psychologiques ainsi que des avortements chez les femmes enceintes.
Cette population condamne en outre le fait d’être privée de moyens de communication, le gouvernement congolais ayant, depuis un certain temps, coupé le réseau téléphonique qui permettait aux habitants de Minembwe de communiquer avec leurs proches et d’accéder à divers services, notamment les paiements, les transferts et les retraits d’argent via téléphone portable. Les manifestants ont également dénoncé le blocus généralisé imposé aux populations Banyamulenge vivant dans les hauts plateaux, notamment à Minembwe, Mikenge, Bijombo, Murambya, Gahuna, Rurambo et Bibogobogo, depuis le retrait de l’AFC de la ville d’Uvira.
Actuellement, les populations de ces localités sont privées de la jouissance de leurs droits fondamentaux, tels que la liberté de mouvement et l’accès aux marchés proches ou lointains pour s’approvisionner en biens de première nécessité. La manifestation organisée à Minembwe le 5 février 2026 a vigoureusement condamné le fait que les FARDC et leurs alliés empêchent les commerçants venant d’Uvira et d’autres régions d’acheminer des produits essentiels tels que le sel, le sucre, le savon et les médicaments vers les zones majoritairement habitées par les Banyamulenge, depuis le retrait de l’AFC de la ville d’Uvira.
Peu avant la prise de la ville d’Uvira par l’AFC, des militaires burundais, en collaboration avec les miliciens Wazalendo, avaient déjà imposé un blocus similaire aux populations vivant à Minembwe, principalement aux Banyamulenge. D’ailleurs, en novembre 2025, le porte-parole de l’armée burundaise, le général de brigade Gaspard Baratuza, avait revendiqué ce blocus, justifiant cette mesure par des accusations de collaboration entre les Banyamulenge et l’AFC/M23, ainsi que d’autres mouvements rebelles opérant en RDC et combattant le régime du président Évariste Ndayishimiye.
Face à l’ampleur de ce blocus et aux lourdes conséquences subies par les populations des hauts plateaux du Sud-Kivu en général et par les Banyamulenge en particulier, les manifestants de Minembwe ont interpellé les États-Unis d’Amérique, l’Union européenne et les organisations non gouvernementales afin qu’ils œuvrent pour la levée immédiate du blocus, la cessation des bombardements aveugles menés par les forces gouvernementales et leurs alliés, ainsi que pour la reprise des actions humanitaires à Minembwe, suspendues depuis plusieurs années en raison de la guerre et du blocus imposé par le gouvernement congolais avec l’appui de ses différents alliés.
Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les raisons pour lesquelles le président Donald Trump se vante d’avoir mis fin à la guerre à l’Est de la RDC alors que celle-ci continue de faire des victimes et de contraindre des familles entières à fuir leurs milieux d’origine. C’est notamment le cas de certaines populations d’Uvira, principalement des Banyamulenge, qui ont fui vers le centre de Kamanyola après le retrait de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira. Des milliers d’autres familles avaient déjà trouvé refuge au Burundi avant et pendant la prise récente de cette ville par l’AFC/M23.
Après leur fuite vers Kamanyola, à la mi-janvier 2026, la majorité des maisons, des églises et des commerces appartenant aux Banyamulenge ont été détruits par les miliciens Wazalendo, ainsi que par certaines populations locales d’Uvira, soutenues financièrement et militairement par le gouvernement congolais dans le cadre de la lutte contre l’AFC/M23. Ces miliciens se livrent malheureusement à des atrocités innommables, y compris des massacres de populations civiles en général, et des Banyamulenge en particulier, en raison de leur faciès souvent assimilé à celui des Tutsis du Rwanda, victimes du génocide de 1994.
Par ailleurs, de nombreux observateurs de la situation sécuritaire et politique en RDC estiment que le président américain Donald Trump adopte une attitude complaisante et flatteuse à l’égard du président Félix Tshisekedi, dans le but d’obtenir des contrats de partenariat avec la RDC. Ces accords pourraient éventuellement conduire le président Donald Trump à soutenir Félix Tshisekedi dans son projet visant à se maintenir au pouvoir, et ce malgré la Constitution congolaise, qui lui interdit de se représenter aux élections après l’exercice de son deuxième et dernier mandat de cinq ans, entamé en 2024 dans un contexte fortement controversé.





