Crainte de divisions au sein de l’UA sous le leadership du Président burundais M.Ndayishimiye à la suite de son implication dans la guerre qui sévit en RDC
Au début de chaque année, au niveau de l’Union africaine (UA), il s’opère un changement régulier de leadership au sein de cette organisation continentale, qui peine à jouer un rôle déterminant dans la prévention des crises politiques et des guerres récurrentes, principalement liées à la mauvaise gouvernance à laquelle de nombreux États membres sont confrontés. C’est dans ce cadre qu’en date du 14/12/2026, l’UA s’est dotée d’un nouveau président en la personne du Président burundais, M. Evariste Ndayishimiye, vivement critiqué pour ses résultats économiques et de développement jugés médiocres au plan national, ainsi que pour l’implication de son armée dans la guerre qui sévit en RDC depuis 2021, en soutien aux Forces armées de la RDC contre l’AFC/M23.
Ce mode de rotation régulière est vivement critiqué par plusieurs observateurs en ce qui concerne la gouvernance de l’UA, dans la mesure où il ne repose pas sur les compétences ni sur des expériences probantes dans la gestion d’institutions nationales, régionales ou internationales, mais plutôt sur un système de désignation par consensus ou à la majorité d’au moins deux tiers des États membres. Le président désigné pour diriger l’UA exerce cette fonction pour un mandat d’une année seulement, au terme duquel il la transmet à un autre chef d’État issu de l’une des cinq régions du continent africain.
Cette modalité de désignation, qui ne se fonde pas sur les compétences des candidats, suscite de nombreuses interrogations quant à la capacité de l’organisation à réussir la résolution des conflits qui ravagent certains pays africains et à promouvoir des relations harmonieuses entre des États dont les rapports ne cessent de se détériorer.
S’agissant du Président burundais récemment désigné pour diriger l’UA, nombreux sont ceux qui redoutent qu’il ne plonge l’organisation continentale dans des divisions semblables à celles observées lorsqu’il était à la tête de la Communauté d’Afrique de l’Est, de juillet 2022 à novembre 2023. Il a ensuite été remplacé par le Président du Soudan du Sud, lui aussi critiqué par de nombreux observateurs pour son incapacité à diriger efficacement son pays, et a fortiori une organisation régionale, en raison notamment de la dégradation de son état de santé.
Le leadership de M. Evariste Ndayishimiye à la tête de la Communauté d’Afrique de l’Est a été marqué par de profondes divergences entre les chefs d’État membres : d’un côté, ceux qui prônaient une résolution pacifique et politique de la guerre à l’Est de la RDC ; de l’autre, ceux qui soutenaient une solution militaire pour mettre fin au conflit. Ces divisions ont conduit au retrait précipité des forces de maintien de la paix déployées à l’Est de la RDC par certains États membres, notamment le Kenya, l’Ouganda, le Burundi et le Soudan du Sud.
Ces forces avaient principalement pour mission de surveiller le cessez-le-feu entre le gouvernement de la RDC et l’AFC/M23 et de s’interposer entre les belligérants, notamment en occupant les zones précédemment contrôlées par l’AFC/M23. Selon les recommandations des chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est, les forces de l’AFC/M23 devaient se retirer des zones conquises afin qu’elles soient placées sous le contrôle des forces régionales, tandis que le gouvernement de la RDC devait entamer sans délai des négociations avec l’AFC/M23 en vue d’un règlement politique du conflit.
Cependant, sous la pression du Président de la RDC, qui accusait ces forces de ne pas combattre militairement l’AFC/M23, celles-ci ont renoncé à leur mission. Elles ont été remplacées par les forces de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Après une année de mission aux résultats jugés mitigés, les forces de la Communauté d’Afrique de l’Est ont quitté l’Est de la RDC à la fin de l’année 2023. Toutefois, les forces militaires burundaises y sont restées afin de poursuivre les combats contre l’AFC/M23 aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) et des forces de la SADC.
Ces dernières ont entamé leur mission de combat au début de l’année 2024. Cependant, au début de l’année 2025, elles ont été défaites par l’AFC/M23, n’ayant pas réussi à empêcher la prise des villes de Goma et de Bukavu par ce mouvement, accusé d’être soutenu par le Rwanda. Cette défaite a conduit la SADC à suspendre sa mission et à rapatrier les troupes déployées par les pays contributeurs, notamment l’Afrique du Sud, le Malawi et la Tanzanie. Le retrait s’est effectué via le Rwanda, l’aéroport de Goma ayant été fermé après la prise de la ville par l’AFC/M23.
Bien que la SADC ait suspendu sa mission d’appui aux FARDC, le Burundi a continué jusqu’à présent à soutenir militairement la RDC, en particulier dans la province du Sud-Kivu, sur la base d’accords bilatéraux de coopération en matière de défense. Cette implication militaire directe soulève également des doutes quant à la neutralité du Président M. Evariste Ndayishimiye dans l’orientation des négociations entre la RDC et l’AFC/M23, lesquelles doivent se poursuivre sous l’égide de l’UA à travers les facilitateurs désignés.
Le Rwanda, par l’intermédiaire de plusieurs de ses responsables, notamment son ministre des Affaires étrangères, l’Ambassadeur Olivier Nduhungirehe, a déjà exprimé son souhait de ne pas voir le Burundi impliqué dans le processus de médiation entre la RDC et le Rwanda conduit par l’UA, accusant le Burundi de pencher en faveur de la RDC qu’il soutient militairement contre l’AFC/M23.
De son côté, l’AFC/M23 accuse le Burundi de jouer un rôle clé dans l’intensification des conflits à l’Est de la RDC, en collaborant militairement avec les FARDC et les miliciens Wazalendo. Le mouvement accuse également les forces armées burundaises, en collaboration avec les FARDC et les miliciens Wazalendo, d’imposer un blocus aux populations Banyamulenge vivant dans les hauts plateaux du Sud-Kivu en général, et à celles de Minembwe en particulier, ainsi que de procéder à des bombardements indiscriminés par drones sous prétexte de combattre l’AFC/M23.
Ce blocus, considéré par ses détracteurs comme un crime contre l’humanité, se caractériserait par l’empêchement des commerçants d’acheminer des marchandises, notamment des produits de première nécessité, en provenance de villes telles que Baraka et Uvira vers les moyens et hauts plateaux du Sud-Kivu, principalement habités par les populations banyamulenge, souvent victimes de persécutions liées à leur apparence physique.
Il reste à espérer que le Président Evariste Ndayishimiye s’efforcera de diriger l’UA en s’appuyant sur les principes démocratiques qui régissent les institutions régionales et continentales. Cela pourrait l’aider à faire preuve d’impartialité dans les différentes médiations conduites par l’organisation qu’il préside. À défaut, il risquerait d’engendrer des divisions et des échecs de médiation comparables à ceux observés durant son mandat à la tête de la Communauté d’Afrique de l’Est.






