30 ans d’exil : des survivants congolais de massacres reviennent sur leur histoire et demandent qu’elle ne soit jamais oubliée
MINEMBWE CAPITAL NEWS (MCN)
Des réfugiés congolais d’expression rwandaise, notamment des Congolais tutsis, ont appelé à mettre définitivement fin à l’impunité des auteurs de massacres dans la région des Grands Lacs et au niveau international.
Cet appel a été lancé lundi au camp de Kiziba, situé dans le district de Karongi, au Rwanda, lors d’une cérémonie de commémoration en mémoire des Congolais tutsis tués dans différents massacres perpétrés en République démocratique du Congo (RDC) et dans d’autres régions des Grands Lacs.
La commémoration a débuté par une marche du souvenir, suivie d’une minute de silence en hommage aux victimes, d’une prière, de messages de réconfort ainsi que de témoignages de survivants.
Parmi les événements tragiques évoqués figuraient notamment les massacres de Mirangi, Ngungu, Mukoto/Monastère, Kalehe, Bibogobogo, Bukavu et d’autres localités.
Les participants ont également rendu hommage aux Banyamulenge massacrés dans le camp de Gatumba, au Burundi, ainsi qu’à d’autres Congolais d’expression rwandaise tués dans différentes régions, notamment à Kabera, Gatongo et Kirumba. Les survivants et les familles des victimes continuent de réclamer que ces tragédies ne soient pas oubliées.
Ndarishize Benjamin, l’un des survivants du massacre de Gatumba, a déclaré que les événements dont il a été témoin continuent de le poursuivre dans sa vie quotidienne.
Il a estimé que l’absence de poursuites judiciaires contre les auteurs ou les personnes soupçonnées d’avoir participé à ces massacres constitue un problème majeur pour les survivants et les familles des victimes.
Il a déclaré :
« Nous avons été massacrés sous le regard de la communauté internationale, mais nous ne cesserons pas de réclamer justice ; nous continuerons à parler jusqu’à ce qu’une réponse soit apportée. »
Ndarishize a expliqué que ses près de 30 années passées en exil ont constitué, selon lui, un véritable « chemin de croix ». Il a également souligné que certaines personnes sont nées dans les camps, y ont grandi et y ont fondé leur famille, faute de possibilités de retourner dans leur pays.
Il a insisté sur le fait que l’absence de justice pour les survivants et les familles des victimes demeure un lourd fardeau.
Bisore Albert Ngemanyi, dirigeant de l’organisation Congolese Tutsi Survivors Voice, a déclaré que la commémoration des victimes ne devait pas être considérée comme un moyen d’attiser la haine, mais plutôt comme un moyen de préserver la mémoire et de veiller à ce que de telles tragédies ne se reproduisent jamais.
Il a affirmé que les survivants continueraient à réclamer justice et à œuvrer en faveur de leur retour dans leur pays.
« Nous demandons justice au gouvernement congolais, au gouvernement burundais, ainsi qu’aux différentes organisations internationales, notamment celles qui œuvrent pour la défense des droits humains et à la Cour pénale internationale. »
Cette cérémonie de commémoration a une nouvelle fois relancé le débat sur la manière dont les massacres perpétrés contre les Congolais d’expression rwandaise sont reconnus, documentés et commémorés.
Les responsables et les membres de cette communauté affirment qu’au cours des dernières décennies, des Banyamulenge et d’autres Congolais d’expression rwandaise ont été tués dans différentes régions de la RDC en raison de leur appartenance ethnique. Ils estiment toutefois que leurs souffrances n’ont pas bénéficié d’une attention suffisante dans les débats publics ni dans les initiatives de commémoration.
Ils demandent que les massacres visant les Banyamulenge et d’autres Congolais d’expression rwandaise soient également commémorés, notamment ceux de Kabera, Bibogobogo, Kirumba, Gatongo, Gatumba et d’autres lieux, afin que la mémoire des victimes de ces tragédies ne disparaisse jamais.
Cette situation a également conduit certains participants à critiquer la gouvernance du président Félix Tshisekedi. Ils estiment que la manière dont certaines autorités de l’État et des responsables proches du chef de l’État abordent les différents épisodes de violences et de massacres en RDC pourrait susciter des inquiétudes chez ceux qui considèrent que certaines victimes bénéficient d’une plus grande visibilité dans les commémorations, tandis que d’autres restent dans l’ombre.
Les détracteurs de Félix Tshisekedi et de son parti estiment qu’une bonne gouvernance devrait protéger tous les citoyens sans distinction d’ethnie, de région ou de langue, et soutenir des enquêtes indépendantes sur tous les massacres commis contre des civils.
Ces accusations demeurent toutefois au cœur des débats politiques et sécuritaires dans l’est de la RDC, où les violences, les massacres et les discours à caractère ethnique continuent de constituer des sujets majeurs de préoccupation.
Léandre Karekezi, responsable du camp de Kiziba et représentant du MINEMA, a déclaré que les jeunes devaient connaître leur histoire afin de pouvoir contribuer à la construction de leur avenir.
Il a déclaré :
« Nous souhaitons que lorsque vous retournerez chez vous, vous y retourniez avec quelque chose. Nous regardons vers le développement et nous espérons que la justice sera rendue. »
Il a souligné que la préservation de la mémoire et la quête de justice devaient aller de pair avec la préparation de l’avenir, particulièrement pour les jeunes nés en exil.
Le maire du district de Karongi, Muzungu Gerard, a salué la cohésion des réfugiés, leur engagement en faveur du vivre-ensemble ainsi que leur rejet des divisions et de tout ce qui pourrait les opposer.
Il leur a rappelé que l’exil ne serait pas éternel et qu’un jour viendrait où ils pourraient retourner dans leur pays.
« Les solutions viennent des populations elles-mêmes, mais avec la collaboration des différentes institutions, elles finiront par arriver. Nous vous demandons de vivre en paix, de lutter contre les divisions et la discrimination. »
Pour les survivants et les familles des victimes, commémorer ne signifie pas simplement revenir sur le passé. Il s’agit également de demander que toutes les victimes de massacres soient reconnues et honorées, que la vérité soit établie, que les responsables soient traduits en justice et que les populations puissent retrouver l’espoir de vivre à nouveau en sécurité.
Alors que la région des Grands Lacs continue de faire face aux conflits, aux déplacements forcés de populations et aux violences visant les civils, les participants à la cérémonie de Kiziba ont insisté sur le fait qu’aucune communauté de victimes ne devrait être laissée en marge de l’histoire.
Pour eux, seule une justice impartiale, sans distinction aucune, peut contribuer à empêcher la répétition des tragédies du passé et à favoriser la construction d’une paix durable en RDC, au Burundi, au Rwanda et dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.






