Les Wazalendo se divisent en deux camps : au cœur des tensions entre Yakutumba et la nouvelle Alliance of Congolese Patriots (A.P.C.)
MINEMBWE CAPITAL NEWS (MCN)
Les désaccords sur la gouvernance des Wazalendo, la fiscalité minière et la gestion des ressources sont présentés comme les principales causes de la division des groupes Wazalendo. Des dissidents du Général William Amuri Yakutumba ont annoncé la création d’une nouvelle coalition baptisée Alliance of Congolese Patriots (A.P.C.).
Les Wazalendo se divisent en deux camps au Sud-Kivu
Les groupes armés connus sous le nom de Wazalendo, actifs dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), notamment dans la province du Sud-Kivu, se sont divisés en deux camps après que les dirigeants de plusieurs factions ont annoncé leur rupture avec le commandement du Général William Amuri Yakutumba.
Cette division a été annoncée dans une déclaration signée le 1er septembre 2026 à Sangya, dans laquelle plusieurs responsables politiques et militaires ont annoncé la création d’une nouvelle coalition dénommée Alliance of Congolese Patriots (A.P.C.).
Cette déclaration fait suite à une réunion tenue à Uvira le 23 août 2026, ayant réuni des dirigeants mécontents du fonctionnement du VDP/Sud-Kivu, notamment en ce qui concerne la conduite des opérations militaires, la gestion des ressources et la sécurité dans différentes zones.
Cette division pourrait avoir des répercussions sur la configuration sécuritaire au Sud-Kivu, particulièrement dans le territoire de Fizi, où se trouvent les principaux bastions de William Amuri Yakutumba.
Qui sont les fondateurs de l’A.P.C. ?
La nouvelle coalition Alliance of Congolese Patriots a été lancée par des dirigeants qui travaillaient auparavant avec Yakutumba.
Les personnalités présentées comme étant à l’origine de la création de cette coalition sont :
- René Itongwa.
- Olivier Mtetezi Bolingo, représentant du FPDC-ML.
- Kako Banya, représentant de l’UNLC.
- Justin Mbavo Moya Nakalambi, représentant du FDCC/AP.
- Byobe Malenga, signataire de la déclaration annonçant cette division.
Ces dirigeants ont annoncé qu’ils ne s’inscrivaient plus dans la même ligne que la direction du VDP/Sud-Kivu, alors dirigée par William Amuri Yakutumba, et ont créé une nouvelle coalition visant à rassembler les groupes politiques et militaires mécontents du fonctionnement de la direction existante.
Les causes de la division des Wazalendo en deux camps
1. Les désaccords sur la conduite des opérations militaires
L’un des principaux problèmes évoqués pour expliquer la rupture de certains dirigeants des Wazalendo avec Yakutumba concerne la manière dont les opérations militaires étaient conduites.
Les fondateurs de l’A.P.C. affirment qu’il existait des problèmes de fonctionnement sur les lignes de front. Ils dénoncent également le fait qu’une zone sécuritaire importante de Ngandja aurait été placée au profit du CNPCC, le groupe de Yakutumba.
Dans cette déclaration, ils affirment que cette « privatisation » de la zone de Ngandja a amené certains dirigeants à estimer que les opérations de sécurité ne servaient plus les intérêts de tous, mais que certains groupes bénéficiaient d’un traitement privilégié.
Cette situation a accentué les tensions entre les dirigeants des différents groupes Wazalendo, faisant de la question de la gouvernance un facteur déclencheur des conflits politiques et militaires.
2. La gestion des ressources, des munitions et des aides de l’État
L’autre problème majeur soulevé par les opposants à Yakutumba concerne la gestion des ressources.
Les fondateurs de l’A.P.C. accusent la direction du VDP/Sud-Kivu de gérer de manière opaque les équipements militaires, les munitions et les aides qui auraient été destinés aux groupes Wazalendo et au gouvernement central.
Ils affirment également qu’il y aurait eu un manque de dialogue suffisant entre les coordinateurs des différents groupes, ce qui aurait progressivement réduit la confiance entre les dirigeants.
Cette question de la gestion des ressources figure parmi les raisons qui ont amené certains dirigeants à estimer qu’une nouvelle direction était nécessaire pour rassembler l’ensemble des groupes dans un cadre plus large.
3. Les tensions autour des taxes minières dans le territoire de Fizi
Parmi les autres problèmes majeurs évoqués figurent les taxes sur les ressources minières collectées dans différentes zones du territoire de Fizi.
Les fondateurs de l’A.P.C. affirment que des taxes minières étaient collectées dans les zones suivantes :
- Misisi.
- Nyange.
- Ngalula.
- Mukera.
Ils accusent la direction de Yakutumba de monopoliser les taxes perçues dans différentes localités, affirmant que cela aurait conduit à une gestion inadéquate des ressources destinées aux activités d’intérêt général.
Cette question des ressources minières pourrait être l’un des facteurs ayant accentué les tensions entre les groupes Wazalendo, particulièrement dans un territoire de Fizi riche en minerais ayant une valeur importante dans l’économie mondiale.
Les accusations concernant les barrières et l’utilisation des fonds
Dans la déclaration des fondateurs de l’A.P.C., figurent également de graves accusations concernant les activités de sécurité et le fonctionnement des groupes armés.
Les opposants à Yakutumba affirment que des barrières auraient été installées et que de l’argent y aurait été perçu dans les zones de Mitindo, Ndolo et Lubichako, sans qu’ils sachent où ces fonds étaient destinés.
Ils affirment que ces barrières auraient principalement profité au groupe CNPCC.
Les fondateurs de l’A.P.C. accusent Yakutumba d’utiliser la jeunesse pour attiser la haine entre les populations des communautés Pfulero et Nyindu.
Ces accusations pourraient avoir des conséquences sur les relations entre les populations et sur la sécurité dans le territoire de Fizi.
Les accusations d’attaques et d’actes de représailles
Dans leur document, les fondateurs de l’A.P.C. affirment également que des attaques et des actes de représailles auraient été commis contre des dirigeants de différents groupes.
Ils évoquent une attaque qui aurait eu lieu en mars 2025 contre le Lt-Gen Kibukila Waseba Trésor Mtetezi, ainsi qu’une autre attaque qui aurait eu lieu en mai 2026 contre l’un des membres du groupe du Lt-Gen René Itongwa.
Ces accusations ont été rendues publiques par les fondateurs de l’A.P.C., mais jusqu’à présent, aucune réponse de Yakutumba concernant ces accusations portées contre sa direction n’a été rendue publique.
La collaboration des Wazalendo avec le gouvernement de Kinshasa
Les groupes Wazalendo sont généralement présentés comme des partenaires du gouvernement de la République démocratique du Congo dans la guerre contre l’AFC/M23 et le MRDP-Twirwaneho.
Cette collaboration place les groupes Wazalendo dans le dispositif des forces armées et des partenaires du pouvoir du Président Félix Tshisekedi, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Alors que le gouvernement de Kinshasa affirme les soutenir dans la lutte contre les ennemis du pays, de graves accusations ont été formulées par des populations et des représentants de certaines communautés concernant des actes de violence qui seraient commis par des groupes Wazalendo.
Les Banyamulenge affirment être victimes d’attaques
Dans plusieurs zones du Sud-Kivu, notamment à Fizi, Uvira, Mwenga et ailleurs, les Banyamulenge affirment régulièrement que des groupes Wazalendo collaborent étroitement avec les forces de sécurité du gouvernement de Kinshasa dans des opérations qui les ciblent.
Ces accusations comprennent notamment :
Les attaques contre les populations : Les Banyamulenge affirment que plusieurs attaques ont visé leurs villages, causant des morts ou contraignant des familles à fuir.
La destruction des maisons et des biens : Des maisons appartenant aux Banyamulenge ainsi que leurs biens auraient été détruits lors des combats et des attaques.
Le vol de bétail et d’animaux domestiques : Des habitants banyamulenge affirment que leurs vaches et autres animaux ont été pillés, ce qui affecte les moyens de subsistance et l’économie des familles.
Les déplacements forcés : Des accusations font également état de Banyamulenge contraints de quitter leurs zones d’habitation en raison de l’insécurité et des attaques.
Les violences à caractère ethnique : Les Banyamulenge et leurs représentants affirment que certaines actions portent atteinte à leur sécurité et à leurs droits en tant que citoyens de la RDC.
Ces accusations figurent parmi les graves problèmes sécuritaires qui continuent de se manifester dans les zones de conflit du Sud-Kivu.
Que reproche-t-on au gouvernement de Tshisekedi ?
Les détracteurs du pouvoir du Président Félix Tshisekedi affirment que son gouvernement s’est appuyé sur les groupes Wazalendo dans les opérations militaires, malgré les accusations de violences commises contre les populations.
Certains Banyamulenge affirment que cette collaboration a permis à certains groupes Wazalendo d’acquérir une position importante dans les opérations de sécurité, alors que les accusations de violences et de destruction de leurs biens n’ont pas été traitées de manière équitable.
Toutefois, la question de la collaboration entre les Wazalendo et les institutions de l’État continue de susciter des inquiétudes quant à la sécurité des populations, particulièrement dans les zones marquées par des conflits ethniques et fonciers.
L’A.P.C. pourrait modifier la configuration sécuritaire au Sud-Kivu
La création de l’Alliance of Congolese Patriots pourrait avoir des répercussions sur la configuration sécuritaire au Sud-Kivu, particulièrement dans les zones de Fizi et ailleurs où les groupes Wazalendo sont actifs.
Alors que cette nouvelle coalition appelle d’autres groupes armés à la soutenir, la question centrale est de savoir si cette division renforcera la capacité de lutte contre l’AFC/M23, ou si elle provoquera davantage de conflits entre des groupes qui collaborent déjà.
Cette division pourrait avoir des conséquences sur :
- La collaboration entre les groupes Wazalendo et les forces armées de l’État.
- La gestion de la sécurité dans les zones de Fizi.
- La collecte et l’utilisation des taxes minières.
- Les relations entre les populations de différentes communautés.
- La poursuite de la conduite des opérations militaires dans les zones du Sud-Kivu.
Yakutumba n’a pas encore réagi publiquement
Jusqu’à présent, William Amuri Yakutumba et ses proches n’ont pas encore fait de déclaration publique concernant les accusations formulées par les fondateurs de l’A.P.C.
La division des Wazalendo au Sud-Kivu montre que les groupes armés qui collaborent dans les opérations contre l’AFC/M23 peuvent être confrontés à de graves conflits liés à la gouvernance, aux ressources et aux intérêts politiques.
La création de l’Alliance of Congolese Patriots repose sur des désaccords concernant la conduite des opérations militaires, la gestion des fonds et des équipements, les taxes minières ainsi que des accusations d’attaques visant des dirigeants de groupes.
Alors que cette division pourrait modifier la configuration sécuritaire à Fizi et ailleurs au Sud-Kivu, plusieurs questions restent sans réponse :
- L’A.P.C. parviendra-t-elle à s’étendre ?
- Yakutumba continuera-t-il à diriger le VDP/Sud-Kivu ?
- Cette division aura-t-elle des conséquences sur la collaboration entre les Wazalendo et le gouvernement du Président Félix Tshisekedi ?
- Les conflits entre les groupes Wazalendo auront-ils des conséquences sur la sécurité des populations, particulièrement les Banyamulenge ?
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