« Nous vivions comme des frères » : Comment la politique de division a opposé les Banyamulenge aux autres communautés du Sud-Kivu
Dans les montagnes de Mulenge, Minembwe, Mibunda, Ndondo et dans d’autres régions du Sud-Kivu, de nombreuses années ont été marquées par une coexistence harmonieuse entre des populations appartenant à différentes communautés. Les Banyamulenge, les Babembe, les Bafulero, les Banyindu et les Bashi vivaient en paix, commerçaient ensemble, se rendaient visite et priaient même côte à côte dans diverses églises.
Cependant, au fil du temps, la politique de division et les discours de haine se sont progressivement infiltrés dans la société, fragilisant les relations fondées autrefois sur le respect mutuel. Certains responsables politiques sont accusés d’avoir instrumentalisé des jeunes et des groupes armés afin de propager une haine à caractère ethnique, une situation qui a conduit à des conflits continuant de déstabiliser la vie des populations de la région.
Les habitants de ces localités affirment qu’avant les conflits, les communautés vivaient ensemble sans discrimination ethnique apparente. Les Banyamulenge cohabitaient avec les Babembe, les Bafulero, les Banyindu et les Bashi dans une vie quotidienne paisible.
Dans des localités comme Kalingi, les habitants expliquent que toutes ces communautés partageaient le même village : les enfants fréquentaient les mêmes écoles, les familles collaboraient dans les activités agricoles et pastorales, et les populations se soutenaient aussi bien dans les moments de joie que dans les périodes difficiles.
Dans les zones de Mibunda également, ces communautés ont longtemps entretenu des relations fraternelles. Certains habitants racontent que des Banyamulenge entretenaient de solides liens d’amitié avec leurs voisins d’autres communautés, allant parfois jusqu’à leur offrir du bétail comme symbole d’amitié et de réconciliation.
Sur le plan religieux aussi, ces communautés vivaient en bonne entente. Dans des églises telles que la 8ème CEPAC, la Methodist, la CELPA et d’autres confessions, les fidèles priaient ensemble sans discrimination, collaborant dans des activités de développement et dans la vie quotidienne.
Malgré cette coexistence pacifique, certains acteurs politiques ont commencé à exploiter la question ethnique à des fins politiques. Des analystes estiment que certains responsables ont diffusé des discours semant la haine entre les communautés, accusant notamment les Banyamulenge d’être des étrangers ou les présentant comme une menace pour les autres groupes ethniques.
Dans l’histoire de la région, des figures politiques comme Pierre Mulele sont souvent citées parmi celles ayant contribué à la diffusion de discours hostiles envers les Banyamulenge. Plus récemment, le député Justin Bitakwira est régulièrement évoqué pour des déclarations que de nombreux habitants considèrent comme aggravant les divisions ethniques dans l’Est de la RDC.
Certains habitants affirment également que plusieurs de ces responsables politiques passent par des groupes de jeunes ou des milices Mai-Mai pour propager une idéologie de haine et encourager le recours aux armes. D’autres accusent ces responsables d’utiliser des propos déshumanisants à l’encontre des Banyamulenge afin de susciter leur rejet par les autres communautés.
Les analystes soulignent que ces discours de haine ont de lourdes conséquences, car ils poussent des populations qui vivaient autrefois en harmonie à se méfier les unes des autres et à développer des antagonismes.
À mesure que cette haine s’est propagée, les conflits et l’insécurité ont pris une ampleur croissante dans plusieurs zones de Minembwe et dans d’autres parties du Sud-Kivu.
Ces guerres n’ont pas affecté uniquement les Banyamulenge, mais l’ensemble des communautés vivant dans cette région. Les Bafulero, les Babembe, les Banyamulenge et bien d’autres ont été contraints de fuir leurs foyers ; certains ont perdu leur bétail, d’autres des membres de leurs familles, tandis que l’agriculture, l’éducation et le commerce ont fortement régressé.
De nombreuses familles qui vivaient autrefois dans une parfaite entente se retrouvent aujourd’hui séparées à cause des conflits et de la peur alimentée par cette politique de division.
Malgré une histoire marquée par les conflits et les tensions communautaires, de nombreux habitants restent convaincus que la paix demeure possible, rappelant que ces communautés partagent une longue tradition de coexistence pacifique.
Certains anciens de la région estiment que le véritable problème ne réside pas dans les populations elles-mêmes, mais plutôt dans les acteurs politiques et les groupes armés qui instrumentalisent les communautés à des fins personnelles.
Des analystes considèrent qu’une paix durable ne pourra être obtenue que si les populations renouent avec leur histoire commune et se souviennent de l’époque où elles vivaient comme des frères, au lieu d’accorder de l’importance aux discours de haine et de division.
Plusieurs voix appellent également les responsables politiques et religieux à jouer un rôle actif dans la promotion de la réconciliation, la lutte contre les discours haineux et l’encouragement d’une nouvelle coexistence fondée sur le respect mutuel entre toutes les communautés de la région.
L’histoire de Minembwe et des territoires environnants montre que les Banyamulenge, les Babembe, les Bafulero, les Banyindu et les Bashi ont été capables de vivre ensemble en paix pendant de longues années. Les conflits et les divisions sont apparus principalement à cause d’intérêts politiques et de discours de haine progressivement diffusés au sein de la population.
Bien que les conséquences de la guerre — notamment les déplacements de populations et l’insécurité persistante — demeurent importantes, de nombreux habitants continuent d’espérer un retour durable de la paix. Pour y parvenir, plusieurs estiment qu’il est indispensable de renouer avec l’histoire de fraternité qui caractérisait autrefois la région, de condamner ceux qui propagent la haine et de privilégier le dialogue ainsi que la réconciliation entre toutes les communautés vivant dans cette partie du pays.





