RDC : Le procès des généraux Tshiwewe, Numbi et leurs coaccusés franchit une nouvelle étape ; de lourdes accusations révélées
À Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, la Haute Cour militaire a poursuivi ce jeudi 4 juin 2026 l’instruction d’un dossier judiciaire d’envergure impliquant plusieurs anciens hauts responsables des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dont le général Christian Tshiwewe Songesa, ancien chef d’état-major général des FARDC, et le général John Numbi, ancien inspecteur général des FARDC.
Cette affaire continue de susciter un vif intérêt au sein de l’opinion publique ainsi que parmi les analystes politiques et sécuritaires, en raison du rang élevé des prévenus et de la gravité des faits qui leur sont reprochés, notamment l’atteinte à la sûreté de l’État, la trahison, le soutien à des activités terroristes et d’autres infractions liées à la sécurité nationale.
La première audience s’est tenue devant la Haute Cour militaire, présidée par le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende, premier président de cette juridiction.
Dans un premier temps, la Cour a procédé à l’identification et à la vérification de l’identité des prévenus. La majorité d’entre eux étaient présents à l’audience, assistés de leurs avocats.
Parmi les prévenus présents figuraient :
- Le général Christian Tshiwewe Songesa ;
- Le général Maurice Nyembo Kufi ;
- Le général de brigade John Ngoy ;
- Le général de brigade John Sangwa Muhemedi ;
- Le colonel Guy Mukombozi Zahinda ;
- Le colonel Pathy Sangwa Lumbu ;
- Le colonel Christophe Tshibangu Kenge.
En revanche, certains accusés étaient absents, notamment le général John Numbi, Pascal Nyembo Muyumba, ancien dirigeant du CEEC, ainsi que le général de brigade John Chinyabuuma Kamukinde.
Le ministère public militaire a indiqué que ces derniers étaient considérés comme étant en fuite et a demandé qu’ils soient jugés par défaut, conformément aux dispositions de la législation militaire congolaise.
Selon l’acte d’accusation lu par le greffier de la Cour, les dix prévenus poursuivis dans cette affaire doivent répondre de plusieurs chefs d’accusation particulièrement graves, parmi lesquels :
- La participation à un complot visant à renverser l’ordre constitutionnel établi ;
- La trahison ;
- Le soutien ou la promotion d’activités terroristes ;
- La diffusion de fausses informations susceptibles de troubler l’ordre public ;
- L’insubordination aux ordres militaires ;
- La désertion ;
- La détention illégale d’armes et de munitions ;
- L’incitation de militaires à commettre des actes contraires à leurs obligations professionnelles.
Ces infractions figurent parmi les plus sévèrement réprimées par le droit militaire congolais et peuvent entraîner de lourdes sanctions si elles sont établies par la Cour.
Alors que la juridiction envisageait initialement un renvoi d’un mois afin de permettre aux différentes parties de préparer leurs moyens de défense et leurs éléments de preuve, les avocats des prévenus s’y sont opposés.
Ils ont fait valoir que leurs clients étaient détenus depuis une période déjà considérable et qu’ils avaient droit à un procès dans un délai raisonnable. Ils ont ainsi sollicité la poursuite rapide de la procédure afin que la vérité soit établie sans retard excessif.
Le ministère public s’est également prononcé en faveur d’une réduction de la durée du renvoi.
À l’issue des échanges entre les parties, la Cour a décidé de reporter l’affaire pour une période de trois semaines seulement. La prochaine audience est fixée au 25 juin 2026.
Le général Christian Tshiwewe Songesa a exercé les fonctions de chef d’état-major général des FARDC durant une période marquée par une forte dégradation de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Avant cette nomination, il avait notamment dirigé l’unité chargée de la protection du président de la République.
De son côté, le général John Numbi demeure l’une des figures militaires les plus influentes de l’histoire récente du pays. Il a joué un rôle important dans les domaines politique et sécuritaire depuis l’époque du président Joseph Kabila. Il a notamment dirigé la Police nationale congolaise avant d’être nommé inspecteur général des FARDC.
Pendant de nombreuses années, ces deux personnalités ont été considérées comme des acteurs majeurs de l’appareil sécuritaire congolais.
Pour plusieurs observateurs, ce procès constitue un signal fort des réformes engagées par le président Félix Tshisekedi au sein des institutions militaires et sécuritaires.
Depuis son accession au pouvoir en 2019, Félix Tshisekedi a multiplié les initiatives visant à restructurer les forces de défense et de sécurité, tout en réduisant l’influence des personnalités associées à l’ancien régime de Joseph Kabila et en promouvant une nouvelle génération de responsables.
Alors que le pays demeure confronté à un conflit armé persistant dans sa partie orientale, notamment dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23, les autorités cherchent à démontrer que nul n’est au-dessus de la loi, qu’il soit civil ou officier supérieur.
Toutefois, certains analystes estiment que cette procédure pourrait également avoir une dimension politique, plusieurs accusés ayant occupé des positions stratégiques et exercé une influence considérable au sein de l’armée et des institutions de l’État.
Ce procès intervient dans un contexte où la RDC continue de faire face à une grave crise sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le gouvernement de Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir l’AFC/M23, une allégation que Kigali rejette catégoriquement. De son côté, le mouvement AFC/M23 affirme poursuivre une lutte qu’il présente comme destinée à obtenir des réformes politiques et sécuritaires au bénéfice de certaines communautés de l’est du pays.
Dans ce contexte, les autorités congolaises renforcent les mécanismes de justice militaire et intensifient les poursuites contre les personnes soupçonnées de menacer la sécurité nationale.
La population congolaise ainsi que la communauté internationale suivent attentivement l’évolution de cette affaire afin de déterminer si elle sera conduite dans la transparence, l’impartialité et le respect des normes internationales en matière de justice, ou si elle revêtira une dimension politique liée au contexte actuel du pays.
La procédure reprendra le 25 juin 2026. À cette occasion, la Cour devrait entamer l’examen approfondi des preuves, des moyens de défense des prévenus ainsi que des arguments développés par le ministère public concernant les infractions qui leur sont reprochées.






