Sud-Kivu au cœur d’une crise politique majeure : le gouverneur Purusi visé par un dossier lourd
Dans un contexte où la sécurité et la gouvernance demeurent des défis majeurs dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la province du Sud-Kivu se retrouve une nouvelle fois au centre d’une crise politique et institutionnelle, marquée par un dossier particulièrement sensible visant son gouverneur, Jean-Jacques Purusi Sadiki.
Dix-huit députés de l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu ont transmis au président de cette institution un document visant à déclencher une procédure de retrait de confiance contre le gouverneur Purusi. Ce document présente une série d’accusations graves, notamment de détournement de fonds provinciaux, de mauvaise gouvernance et de comportements susceptibles de compromettre la sécurité.
Parmi les signataires figurent Wilondja Nepangi José, Karume Bahige Jean et Balungwe Fungulo Le Bon, qui affirment que ces accusations reposent sur des éléments qu’ils disent avoir collectés sur une période de plus d’un an.
Selon ces députés, entre août 2024 et février 2025, le gouverneur Purusi aurait détourné environ 44 millions de dollars américains destinés à des projets de développement de la province.
Il est également accusé d’avoir détourné plus de 90 millions de dollars provenant de la Banque mondiale, initialement alloués à des projets de développement dans les territoires de Kalehe, Fizi, Uvira et Mwenga. Ces projets visaient à améliorer les conditions de vie des populations dans des zones affectées par les conflits armés.
Autre point soulevé : après la réinstallation des services de l’État dans la ville d’Uvira en 2026, le gouverneur aurait reçu 1,7 million de dollars pour la relance administrative, mais les députés affirment que ces fonds n’ont pas été retracés dans les réalisations attendues.
Au début de l’année 2025, le tribunal de Bukavu avait ordonné la saisie de biens appartenant à des ressortissants chinois opérant illégalement, comprenant 400 000 dollars et dix colis d’or. Les députés soutiennent que ces biens auraient ensuite été récupérés par les autorités provinciales sous la direction du gouverneur Purusi.
Cependant, certains éléments de son action sont également mis en avant. Le gouverneur Purusi avait lancé des opérations contre l’exploitation minière illégale, allant jusqu’à l’arrestation d’environ 60 ressortissants chinois et la mise en lumière de plus de 1 700 entreprises opérant dans la province de manière irrégulière. Cette initiative a été saluée par certains acteurs, mais elle lui aurait également valu des tensions avec certaines autorités nationales.
Sur le plan sécuritaire, les députés reprochent également au gouverneur Purusi des déclarations jugées démoralisantes à l’égard des Forces armées de la RDC (FARDC) et des milices Wazalendo, ainsi que des propos perçus comme favorables à la coalition AFC/M23, opposée au pouvoir de Kinshasa.
Ces accusations sont considérées comme particulièrement sensibles dans un contexte de guerre persistante dans l’est du pays, où les déclarations des responsables politiques peuvent avoir un impact direct sur le moral des forces engagées et sur la stabilité générale.
Les députés signalent également la disparition de véhicules provinciaux après la prise de Bukavu, ainsi que l’absence de mise en œuvre de plusieurs projets de réhabilitation routière dans les villes de Baraka, Uvira et Kamituga, malgré leur inscription au budget provincial.
À ce stade, une session plénière de l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu devrait être convoquée dans les prochains jours afin d’examiner ce dossier. Si la motion de défiance venait à être adoptée, la loi prévoit que le gouverneur Purusi pourrait être contraint à la démission ou démis de ses fonctions.
Jusqu’à présent, aucune réaction officielle du gouverneur face à l’ensemble de ces accusations n’a été enregistrée, laissant le dossier dans une zone d’incertitude entre les différentes parties.
Cette affaire met en lumière les profondes difficultés de gouvernance dans l’est de la RDC, où conflits armés, exploitation des ressources naturelles et enjeux politiques s’entrecroisent de manière complexe. La décision de l’Assemblée provinciale pourrait avoir des conséquences majeures sur l’administration du Sud-Kivu et sur la confiance des populations envers les institutions.
Il reste à voir si ce dossier débouchera sur des changements concrets ou s’il rejoindra la longue liste des affaires restées sans suite dans l’histoire politique de la région.





