Kabuga meurt à La Haye : l’un des hommes les plus recherchés au monde s’éteint à 90 ans
Félicien Kabuga, l’un des hommes d’affaires rwandais les plus influents avant le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, et également l’un des principaux accusés de participation à ce génocide, est décédé ce samedi à La Haye, aux Pays-Bas, où il était détenu sous la supervision du Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des tribunaux pénaux des Nations unies.
L’annonce de son décès a été faite par le Mécanisme international résiduel pour les tribunaux pénaux (IRMCT), qui a indiqué que Kabuga est mort dans un hôpital de La Haye, où il recevait des soins médicaux depuis un long moment en raison de la dégradation avancée de son état de santé.
Selon cette institution, les autorités médicales de la prison des Nations unies ainsi que les autorités néerlandaises ont immédiatement été informées de son décès, déclenchant ainsi la procédure d’enquête habituelle appliquée lorsqu’un détenu meurt sous la garde de la justice internationale.
La présidente de l’IRMCT, la juge Graciela Gatti Santana, a ordonné l’ouverture d’une enquête approfondie sur les circonstances du décès de Kabuga. Cette mission a été confiée au juge Alphons Orie.
Félicien Kabuga était originaire de l’ancienne préfecture de Byumba. Il était devenu l’un des hommes les plus riches et les plus puissants du Rwanda avant le génocide contre les Tutsi. Il était particulièrement connu dans les secteurs du commerce alimentaire, du thé et d’autres activités économiques majeures.
Kabuga occupait également une place importante dans le paysage politique de l’époque en raison de ses liens étroits avec le régime du président Juvénal Habyarimana. Certains de ses enfants avaient épousé des membres de familles influentes du pouvoir en place, renforçant ainsi son influence économique et politique au Rwanda.
Il a ensuite été largement cité pour le rôle que l’accusation lui attribuait dans le financement des activités ayant conduit au génocide contre les Tutsi, notamment à travers son soutien présumé à Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), une station accusée d’avoir diffusé des discours de haine et encouragé les massacres.
Félicien Kabuga faisait face à plusieurs chefs d’accusation graves, notamment :
- Génocide ;
- Complot en vue de commettre le génocide ;
- Incitation directe et publique au génocide ;
- Persécutions contre les populations civiles ;
- Meurtres et extermination visant les Tutsi en 1994.
Le parquet soutenait qu’il avait utilisé sa fortune pour financer des groupes et des opérations ayant contribué aux massacres qui ont coûté la vie à plus d’un million de Tutsi.
L’un des éléments les plus souvent évoqués concernait son implication présumée dans le financement de l’achat de machettes utilisées lors des tueries. Toutefois, Kabuga a toujours rejeté l’ensemble des accusations portées contre lui.
Après le génocide perpétré contre les Tutsi, Félicien Kabuga est devenu l’un des fugitifs les plus recherchés au monde. Des mandats d’arrêt internationaux avaient été émis contre lui, et les États-Unis avaient même offert une récompense de cinq millions de dollars pour toute information permettant son arrestation.
Pendant plus de vingt-cinq ans, Kabuga a réussi à échapper à la justice internationale en utilisant de fausses identités, des documents falsifiés ainsi qu’un vaste réseau de soutien lui permettant de se déplacer d’un pays à un autre.
Selon plusieurs sources, il aurait séjourné dans différents pays, notamment :
- Le Kenya ;
- La Suisse ;
- La République démocratique du Congo ;
- L’Allemagne ;
- Et la France.
Les procureurs internationaux affirmaient qu’il bénéficiait d’un important réseau de complices, comprenant certains membres de sa famille ainsi que des proches disposant d’importantes ressources financières.
Le 16 mai 2020, Félicien Kabuga a finalement été arrêté par les autorités françaises à Asnières-sur-Seine, près de Paris.
À cette époque, il vivait depuis plusieurs années en France sous une fausse identité et avec des documents falsifiés.
Son arrestation avait été considérée comme une victoire majeure pour la justice internationale, tant il figurait depuis longtemps parmi les fugitifs les plus recherchés au monde.
En octobre 2020, il a été transféré à La Haye afin d’être jugé par l’IRMCT, institution ayant succédé au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
Son procès s’est officiellement ouvert en septembre 2022. Cependant, quelques mois plus tard, les médecins et les juges ont estimé que son état de santé était devenu incompatible avec la tenue d’un procès.
En 2023, la juridiction a décidé de suspendre définitivement la procédure judiciaire en raison de son état de santé et de son âge avancé.
Des discussions avaient alors été engagées afin de trouver un pays prêt à l’accueillir pour une éventuelle libération sous conditions médicales. Le Rwanda avait indiqué être disposé à le recevoir et à lui fournir les soins nécessaires, mais sa famille et ses avocats s’y étaient opposés, estimant que son état de santé ne lui permettait pas un long déplacement.
Kabuga lui-même aurait exprimé le souhait de rester en Europe, notamment en France, mais aucun pays n’avait accepté de l’accueillir.
Félicien Kabuga est décédé à l’âge de 90 ans à La Haye, aux Pays-Bas, sans avoir été condamné par un tribunal pour les crimes dont il était accusé, son procès ayant été interrompu en raison de la détérioration avancée de son état de santé.
Sa disparition laisse une empreinte importante dans l’histoire de la justice internationale, particulièrement pour les survivants du génocide contre les Tutsi, après des décennies durant lesquelles il était considéré comme l’un des principaux suspects liés au génocide de 1994 au Rwanda.





