« L’État devait protéger les citoyens, mais il a choisi de les combattre » — Le témoignage poignant d’un Congolais expliquant pourquoi il ne soutient plus le gouvernement de Kinshasa
Alors que l’insécurité continue de frapper les populations de l’est de la République démocratique du Congo, certains habitants livrent des témoignages illustrant la perte de confiance envers les autorités de Kinshasa et leurs forces de sécurité.
Un Congolais issu de la communauté Banyamulenge a expliqué les raisons pour lesquelles il ne soutient plus le gouvernement de Kinshasa, affirmant qu’il considère ce pouvoir comme ayant abandonné sa mission fondamentale de protéger tous les citoyens sans discrimination.
Selon lui, la première raison de cette méfiance réside dans le fait que le gouvernement et son armée, les FARDC, auraient à plusieurs reprises collaboré avec des groupes armés, notamment les milices Mai Mai, dans des attaques contre des civils au lieu d’assurer leur protection comme l’exige un État de droit.
Il déclare :
« L’État devrait être le père de tous. Pourtant, nous avons vu des soldats des FARDC soutenir les Mai Mai pour attaquer les populations au lieu de les protéger. »
Ce Congolais affirme qu’en 2017, lors des affrontements dans la région de Gongwa, sur les hauts plateaux de Ndondo, les milices Mai Mai avaient lancé des attaques contre des civils banyamulenge, tandis que le groupe Twirwaneho tentait de leur porter secours.
Il explique qu’après le recul des Mai Mai jusqu’à la localité de Kwa Buhendwa, des soldats des FARDC dirigés par un officier identifié sous le nom de Major Volka leur auraient apporté un soutien afin de leur permettre de reprendre les attaques contre les Banyamulenge.
Selon ce témoin, après les combats, les FARDC auraient fourni aux Mai Mai plusieurs armes, dont une dizaine de mitrailleuses ainsi qu’une importante quantité de munitions, une situation qui aurait renforcé l’inquiétude des populations locales.
Il affirme également que certains militaires des FARDC sont accusés de collaborer avec les Mai Mai dans des opérations de pillage de bétail appartenant aux civils, notamment les vaches des Banyamulenge, ainsi que dans la destruction de leurs habitations.
Il précise que des incendies et des destructions de maisons ont été signalés dans plusieurs localités, notamment à Mibunda, Kamombo et dans d’autres zones des hauts plateaux de Mulenge.
D’après lui, ces violences ont contraint de nombreux habitants à fuir leurs foyers, certains vivant depuis plusieurs années dans des camps de déplacés ou en exil.
Les tensions entre différentes communautés des provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu durent depuis de nombreuses années, particulièrement dans les régions habitées par les Banyamulenge, les Babembe, les Bafuliro et d’autres groupes ethniques de la région.
La situation s’est fortement aggravée après les guerres du Congo de 1996 et 1998, périodes durant lesquelles de nombreux groupes armés sont apparus ou se sont installés dans ces territoires.
Au fil des années, des groupes comme les Mai Mai, les FDLR, Red Tabara et d’autres ont continué d’opérer dans la région, poussant régulièrement les populations à accuser le gouvernement de Kinshasa d’incapacité à rétablir une sécurité durable.
Certains membres de la communauté banyamulenge dénoncent également des pratiques d’exclusion et de discrimination.
Ce témoin affirme que le gouvernement de Kinshasa s’est souvent caractérisé par des divisions ethniques, certaines communautés étant, selon lui, favorisées par le pouvoir tandis que d’autres sont marginalisées.
Il soutient également que plusieurs soldats banyamulenge auraient été tués en raison de leur appartenance ethnique, laissant de profondes blessures au sein de nombreuses familles du Kivu.
Bien que ces accusations soient régulièrement relayées par certains habitants de la région, les autorités de Kinshasa ont toujours rejeté les allégations de collaboration avec des groupes armés ou de discrimination envers certaines communautés. Toutefois, plusieurs habitants continuent d’affirmer qu’il existerait une coopération étroite entre le gouvernement de Kinshasa et certains groupes armés, notamment les Wazalendo et les FDLR, groupe composé d’anciens responsables impliqués dans le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda.
Ce Congolais estime que le pays a besoin d’une nouvelle gouvernance fondée sur l’égalité, la justice et la sécurité pour tous les citoyens.
Il insiste sur le fait que l’État devrait être un protecteur pour l’ensemble de la population, au lieu d’exposer certains citoyens au danger ou aux divisions.
Alors que l’insécurité demeure une préoccupation majeure dans l’est de la RDC, de nombreux habitants continuent d’appeler à un dialogue approfondi ainsi qu’à l’établissement de la justice pour les crimes commis au cours des dernières années, afin de parvenir à une paix durable dans la région.




