À ne pas manquer : la RDC annonce un nouveau programme d’assistance aux déplacés, tandis que les Banyamulenge continuent de se dire marginalisés après la perte de leurs biens ; zoom sur la situation
Alors que le gouvernement de la République démocratique du Congo poursuit l’annonce de nouveaux programmes visant à aider les populations déplacées par les conflits à se reconstruire et à devenir autonomes, certains observateurs s’interrogent sur l’écart entre ces déclarations et leur mise en œuvre concrète, notamment en ce qui concerne les populations de Minembwe, confrontées depuis de nombreuses années aux conséquences des conflits armés, aux violences, aux déplacements forcés ainsi qu’au pillage de leurs biens.
Ces préoccupations ont été ravivées après la déclaration de la ministre d’État en charge des Affaires sociales et des Actions humanitaires, Ève Bazaiba Masudi, annonçant que le gouvernement a réorienté sa politique d’assistance aux personnes déplacées, passant d’une aide humanitaire d’urgence à une approche durable visant la réintégration et l’autonomisation des populations concernées.
Lors d’une conférence de presse tenue à Bunia, dans la province de l’Ituri, le 18 juin 2026, Mme Bazaiba a indiqué que le gouvernement entend désormais privilégier une approche dite « Nexus », combinant l’humanitaire, le développement et la paix, afin de permettre aux populations déplacées de retrouver une vie normale.
Elle a souligné que la poursuite d’une aide exclusivement humanitaire ne constitue pas une solution durable pour un pays confronté à des millions de personnes affectées depuis de longues années par l’insécurité et les conflits.
Elle a déclaré :
« Nous ne voulons pas continuer à maintenir les populations dans une situation de dépendance permanente à l’aide. Il est temps de réfléchir à des solutions durables, au-delà de l’assistance immédiate. »
La ministre Bazaiba a également précisé que le gouvernement encourage le retour volontaire des populations dans leurs localités d’origine lorsque les conditions de sécurité le permettent, ajoutant que les personnes rapatriées bénéficieront d’un accompagnement pour relancer leurs activités à travers l’agriculture, le commerce et d’autres projets de développement.
Elle a cité en exemple les territoires d’Uvira et de Kalemie, où certains habitants ont déjà commencé à regagner leurs localités à la faveur d’une amélioration progressive de la sécurité.
Cependant, malgré ces annonces gouvernementales, de nombreux habitants de Minembwe affirment ne pas se reconnaître dans ces programmes d’assistance.
Alors que les autorités de Kinshasa communiquent sur des initiatives d’aide aux déplacés à travers le pays, plusieurs membres de la communauté banyamulenge de Minembwe estiment être exclus de ces dispositifs, bien qu’ils figurent parmi les populations ayant subi de longues années de violences et de déplacements.
Les affrontements récurrents dans la région de Minembwe ont provoqué le déplacement de milliers de personnes, tandis que d’autres ont trouvé refuge dans les pays voisins, et que certains continuent de vivre dans des conditions précaires à l’intérieur du pays.
Des analystes estiment que les programmes gouvernementaux ciblent principalement d’autres zones du pays, sans inclure de manière visible les déplacés de Minembwe, ce qui alimente des interrogations sur l’égalité de traitement des citoyens congolais.
Certains observateurs considèrent également que la situation de Minembwe est souvent abordée uniquement sous l’angle sécuritaire, plutôt que comme une question humanitaire et de droits humains nécessitant une attention globale.
L’une des principales préoccupations reste les pertes économiques importantes subies par les habitants de la région.
Selon des sources locales, de nombreux troupeaux, en particulier des bovins, auraient été pillés lors des attaques survenues dans différentes zones de Minembwe et ses environs.
Certaines estimations évoquent la perte de centaines de milliers de têtes de bétail, un choc économique majeur pour des communautés largement dépendantes de l’élevage.
Les habitants affirment qu’à ce jour, aucun programme gouvernemental clair de restitution ou d’indemnisation n’a été mis en place pour les pertes subies, et qu’aucune assistance significative n’a été apportée aux familles affectées.
Pour eux, le contraste entre les annonces de reconstruction nationale et l’absence de soutien concret renforce les débats sur l’équité dans la répartition de l’aide publique.
De son côté, le gouvernement congolais affirme que la question humanitaire reste une priorité suivie de près au plus haut niveau.
La ministre Bazaiba a indiqué que le président Félix Tshisekedi a ordonné que chaque vendredi, lors du Conseil des ministres, un rapport complet soit présenté sur la situation humanitaire dans le pays ainsi que sur les réfugiés congolais à l’étranger.
Elle a également précisé que le gouvernement continue de travailler avec différents partenaires afin de trouver des solutions aux besoins humanitaires urgents.
Le 28 janvier 2026, le gouvernement de la RDC, en collaboration avec des organisations internationales, a lancé une initiative visant à mobiliser 1,4 milliard de dollars américains pour répondre aux besoins des populations affectées par les conflits et d’autres crises humanitaires.
Cependant, alors que ces fonds doivent bénéficier à plusieurs millions de personnes, les estimations indiquent qu’environ 15 millions de personnes restent en besoin urgent d’assistance, tandis que les ressources disponibles ne permettraient de couvrir qu’environ 7,3 millions de bénéficiaires.
Dans ce contexte, alors que le gouvernement insiste sur le fait qu’une solution durable passe par le retour de la paix, le développement et le renforcement de la résilience des populations, une question demeure parmi de nombreux habitants de Minembwe : à quel moment seront-ils pleinement inclus dans ces programmes, après des années de conflits, de déplacements forcés et de pertes massives de biens, sans assistance tangible de l’État de Kinshasa ?






