Au Sud-Kivu, les inquiétudes s’accentuent après la fermeture de la RN5 : le commerce et les opérations humanitaires fortement entravés
Les déplacements et les activités commerciales entre la ville de Bukavu et celle d’Uvira ont de nouveau été interrompus à la suite de la fermeture de la RN5, bloquée dans la zone de Luvungi. Cette décision de fermeture a été prise par l’autorité provinciale du Sud-Kivu, le gouverneur Jean-Jacques Elakano. Cette route, considérée comme un axe essentiel de communication et d’échanges entre ces deux localités, suscite de vives inquiétudes au sein de la population ainsi que des organisations de la société civile.
Des sources issues de la société civile indiquent que, depuis la matinée du 15/05/2026, les véhicules de transport en provenance d’Uvira ont été arrêtés à Luvungi, entraînant une paralysie soudaine des activités de transport de personnes et de marchandises. Cette situation a eu de lourdes conséquences sur les passagers se rendant à Bukavu ou à Uvira, certains ayant été contraints d’emprunter des routes de montagne afin d’atteindre leur destination.
Les membres de la société civile locale affirment que les véhicules de transport en commun ainsi que les bus ont été immobilisés sur cet axe routier, provoquant confusion et inquiétude au sein de la population. Ils signalent que certains voyageurs ont commencé à utiliser des itinéraires difficiles traversant les montagnes, notamment la route Luvungi–Lubarika–Munanira–Kaziba–Nyangezi, afin de rejoindre Bukavu.
Avant la mise en œuvre de cette décision, le vice-gouverneur du Sud-Kivu avait annoncé que les autorités provinciales avaient décidé de suspendre la circulation sur la RN5 pour des raisons de sécurité.
Il a déclaré : « En tant que gouvernement provincial, nous nous sommes réunis et avons décidé de suspendre le trafic sur la RN5, comme cela était déjà le cas pour les personnes se rendant de Bukavu vers Uvira. »
Des informations émanant d’analystes politiques et sécuritaires du Sud-Kivu indiquent que cette fermeture serait liée à l’évolution de la situation sécuritaire dans la région, après le retrait des éléments de l’AFC/M23 de Luvungi, ainsi qu’à la mort d’un combattant wazalendo à la suite d’affrontements dans la même zone.
Cette situation a conduit les autorités du Sud-Kivu à souligner les risques d’une possible réutilisation de cet axe routier à des fins militaires ou de déplacement de combattants et d’armes, justifiant ainsi une fermeture temporaire dans le cadre de mesures de contrôle sécuritaire.
La fermeture de la RN5 plonge la ville d’Uvira dans un isolement préoccupant, cette dernière dépendant fortement de Bukavu pour l’approvisionnement en produits agricoles, biens industriels et fournitures essentielles telles que les médicaments, les denrées alimentaires et le carburant.
Les commerçants craignent une flambée des prix si cette situation venait à perdurer. Par ailleurs, des inquiétudes persistent quant à une possible pénurie de fournitures essentielles dans les hôpitaux et les structures humanitaires en raison de la rupture des chaînes d’approvisionnement.
Les habitants de la région estiment que l’emprunt des routes de montagne met leur vie en danger, d’autant plus que certaines de ces zones seraient contrôlées par les Wazalendo et les FDLR, groupes déjà accusés d’exactions contre les civils.
Plusieurs organisations de la société civile du Sud-Kivu appellent les autorités à rouvrir rapidement la RN5, en particulier pour des raisons humanitaires et économiques.
Ces organisations estiment que, malgré les enjeux sécuritaires, la fermeture d’un axe aussi stratégique risque d’aggraver la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la détérioration des conditions de vie d’une population déjà éprouvée par des années de conflit et d’instabilité dans l’est de la République démocratique du Congo.
Des analystes soulignent que la fermeture de la RN5 met en évidence l’impact profond et durable de la crise sécuritaire au Sud-Kivu sur les conditions de vie des populations, tout en illustrant la tendance des autorités de Kinshasa à privilégier des mesures sécuritaires strictes, susceptibles d’affecter l’économie locale et la liberté de circulation des citoyens.






