Doha : Les négociations entre l’AFC/M23 et Kinshasa se poursuivent dans un climat difficile — Les engagements pris par les deux parties ont-ils été respectés ?
Alors que la guerre et les tensions continuent de marquer l’est de la République démocratique du Congo, les négociations entre l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) et le gouvernement de Kinshasa demeurent considérées comme une voie essentielle susceptible de conduire à une paix durable dans cette région. Bien que certains progrès aient été observés au cours des derniers mois, de nombreux obstacles persistent et les deux parties continuent de s’accuser mutuellement de ne pas respecter les engagements convenus.
Ces discussions ont pris une nouvelle dimension après la médiation du Qatar à Doha, où le président de la RDC, Félix Tshisekedi, et le président rwandais, Paul Kagame, se sont rencontrés pour la première fois afin d’appeler à un cessez-le-feu et à une solution politique plutôt qu’à la poursuite de la guerre.
Le M23 a connu une importante expansion à partir de la fin de l’année 2023 lorsqu’il s’est allié à plusieurs groupes politiques et militaires, notamment l’Alliance Fleuve Congo dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante de la RDC.
Ce mouvement affirme avoir pris les armes pour dénoncer :
- la discrimination envers certaines communautés parlant le kinyarwanda ;
- l’insécurité persistante dans l’est du Congo ;
- les activités des FDLR ;
- ainsi que le non-respect des anciens accords signés entre le gouvernement congolais et le M23 en 2013.
De son côté, Kinshasa accuse l’AFC/M23 de collaborer avec le Rwanda et de vouloir prendre le pouvoir par la force, des accusations que Kigali continue de rejeter, affirmant que la crise congolaise doit être résolue par les Congolais eux-mêmes.
Au mois d’août 2025, les deux parties ont signé à Doha, au Qatar, un accord de « principes » destiné à préparer la voie vers une paix durable et à instaurer un cessez-le-feu.
Cet accord prévoyait notamment :
- l’arrêt des combats ;
- la libération de certains prisonniers ;
- la mise en place d’un mécanisme de suivi du cessez-le-feu ;
- le rétablissement progressif de l’autorité de l’État dans certaines zones ;
- le retour des réfugiés ;
- ainsi que l’organisation de discussions approfondies sur les questions politiques et sécuritaires.
Par la suite, un « Ceasefire Monitoring and Verification Mechanism » a également été instauré afin de vérifier le respect de la trêve. Ce mécanisme bénéficie du soutien du Qatar, de l’Union africaine, de la MONUSCO ainsi que des États-Unis.
Les engagements pris ont-ils réellement été respectés ?
Malgré la signature de ces accords, leur mise en œuvre demeure extrêmement difficile.
- Le cessez-le-feu n’a jamais véritablement tenu
Alors même que les négociations se poursuivaient à Doha, les affrontements ont continué dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Chaque camp a continué d’accuser l’autre :
- l’AFC/M23 reprochait aux FARDC de poursuivre le déploiement de troupes et de renforcer leurs alliances avec d’autres groupes armés ;
- tandis que Kinshasa accusait l’AFC/M23 de continuer à étendre ses positions et à occuper de nouveaux territoires.
À plusieurs reprises, les discussions censées déboucher sur un accord final ont été suspendues en raison des désaccords liés au retrait des forces présentes dans les zones conquises.
- La question des prisonniers est devenue un obstacle majeur
L’un des points les plus attendus concernait la libération de prisonniers entre les deux camps. Toutefois, Kinshasa a refusé de libérer certaines personnes réclamées par l’AFC/M23, affirmant qu’elles étaient soupçonnées de crimes graves liés à la guerre.
Récemment, Kinshasa a libéré 37 détenus, dont 22 avaient déjà purgé leurs peines. Tous étaient soupçonnés d’entretenir des liens étroits avec l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23).
Cette situation a fortement ralenti les efforts visant à restaurer la confiance entre les deux parties.
- L’AFC/M23 affirme avoir respecté ses engagements
L’AFC/M23 soutient avoir respecté les engagements qui lui incombaient, notamment en se retirant de certaines zones qui lui avaient été demandées et en libérant plusieurs centaines de soldats des FARDC capturés au combat. Malgré ces gestes, les divergences ont persisté.
Au début de l’année 2026, l’AFC/M23 a annoncé son retrait de la ville d’Uvira à la suite des pressions internationales et de la médiation menée par l’Union africaine. Toutefois, les autorités de Kinshasa ont affirmé que certains combattants du mouvement seraient restés cachés dans cette région.
Ces accusations mutuelles continuent d’alimenter un profond climat de méfiance.
À ce jour, les négociations ne sont pas totalement interrompues, mais elles progressent très lentement. L’instabilité sécuritaire dans la région ainsi que les conflits apparus dans certaines zones ont conduit au transfert partiel des discussions vers la Suisse, au lieu de leur poursuite exclusive à Doha, au Qatar.
L’Union africaine, le Qatar, les États-Unis ainsi que plusieurs pays de la région continuent d’exercer des pressions sur les deux parties afin que :
- le cessez-le-feu soit respecté ;
- les négociations se poursuivent ;
- et qu’un accord de paix définitif puisse être conclu.
Cependant, le principal obstacle reste le manque de confiance entre les deux camps.
Une paix durable est-elle réellement possible ?
Selon plusieurs analystes, une paix durable en RDC ne peut être obtenue uniquement par une victoire militaire. Ils estiment que la crise dans l’est du Congo trouve ses racines dans :
- les problèmes politiques ;
- les tensions ethniques et les questions de nationalité ;
- l’exploitation des ressources naturelles ;
- la prolifération des groupes armés ;
- ainsi que les intérêts des pays de la région.
C’est pourquoi les négociations de Doha sont considérées comme une étape importante, même si de nombreux engagements pris jusqu’à présent n’ont pas encore été pleinement appliqués.
Bien que certaines avancées aient été enregistrées dans les discussions entre l’AFC/M23 et le gouvernement de Kinshasa, la réalité demeure que le chemin vers la paix reste long et semé de nombreux obstacles. Le non-respect de certains engagements, la persistance de la méfiance ainsi que la poursuite des combats sur le terrain continuent de retarder la paix que les populations de l’est de la RDC attendent depuis de nombreuses années.
De nombreux habitants continuent ainsi de s’interroger : les négociations de Doha aboutiront-elles à un accord durable ou connaîtront-elles le même sort que les précédents accords, signés sans jamais être véritablement appliqués ?






