L’analyste Girinka met en garde les États-Unis : « Ne comparez pas l’AFC/M23 aux FDLR ; les intérêts miniers ne doivent pas primer sur le droit à la vie »
Dans un message exclusif adressé à Minembwe Capital News, l’analyste politique et sécuritaire bien connu dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), Girinka William Kabare, a vivement critiqué les récentes déclarations de Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, selon lesquelles les groupes AFC/M23 et FDLR figureraient parmi les acteurs qui compromettent les intérêts des États-Unis dans l’Est de la RDC.
Selon Girinka, ces propos ont été mal accueillis par de nombreux observateurs qui suivent de près la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, en particulier dans l’Est de la RDC. Il estime qu’ils entretiennent une confusion entre deux réalités aux origines et aux objectifs fondamentalement différents.
Il a déclaré :
« J’ai lu et écouté le rapport publié cette semaine affirmant que le M23 et les FDLR constituent des groupes menaçant les intérêts américains dans l’Est du Congo. La question que je me pose est la suivante : qui menace réellement les intérêts de qui ? Peut-on comparer les intérêts liés à la vie humaine à ceux fondés sur l’exploitation des ressources minières ? »
L’analyste s’est dit surpris que les États-Unis puissent placer sur un même plan les FDLR, un groupe armé accusé depuis des années d’être impliqué dans des actes de discrimination et de violences ayant suivi le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994, et l’AFC/M23 ainsi que Twirwaneho, mouvements qui affirment lutter pour les droits de populations estimant être privées de leur nationalité, persécutées et expulsées de leurs terres depuis de nombreuses années.
Girinka a également souligné que la situation des Tutsi du Kivu et des Banyamulenge du Sud-Kivu demeure insuffisamment prise en compte par la communauté internationale, alors que ces populations affirment être confrontées à diverses formes de violences, notamment des assassinats, des pillages et des spoliations de leurs biens.
Il a ajouté :
« Beaucoup ignorent qu’il existe des populations qui attendent depuis près de trente ans de pouvoir retourner sur leurs terres. Certaines vivent en exil depuis 1996, tandis que d’autres demeurent déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées à l’étranger. Aucune solution durable n’a encore été trouvée. »
Girinka a par ailleurs rappelé que l’AFC/M23 avait retiré ses forces de certaines localités, notamment de la ville d’Uvira, à la suite des discussions tenues à Doha, au Qatar.
Selon lui, cette décision constituait un signe démontrant la volonté du mouvement de coopérer avec les médiateurs internationaux dans la recherche de solutions politiques.
Il a déclaré :
« Si les États-Unis ont soutenu le processus de dialogue de Doha et que les deux parties poursuivent encore leurs discussions, il est difficile de comprendre comment l’AFC/M23 peut être à nouveau placé au même niveau que les FDLR. »
Dans son message, Girinka a affirmé que le véritable problème ne réside pas dans l’AFC/M23, mais plutôt dans les faiblesses de l’État congolais à assurer la protection de ses citoyens dans l’Est du pays.
Il a indiqué que de nombreuses populations continuent de souffrir de l’insécurité, de l’activisme des groupes armés et de conflits qui perdurent depuis plusieurs années sans solution durable.
Selon lui :
« Lorsque les populations vivent dans l’insécurité, sont tuées, pillées ou privées de leurs droits fondamentaux, la première question qui doit être posée concerne la responsabilité de l’État. C’est à lui qu’incombe avant tout la mission de protéger les citoyens. »
L’analyste estime que la communauté internationale devrait accorder davantage d’importance à la protection des vies humaines qu’aux intérêts économiques liés à l’exploitation et au commerce des ressources minières.
En conclusion de son message, Girinka a appelé les États-Unis à réévaluer leur approche de la crise dans l’Est de la RDC.
Il a plaidé pour une analyse plus large et plus approfondie de la situation, permettant de comprendre les raisons qui poussent certains groupes ou certaines communautés à prendre les armes, tout en favorisant des négociations susceptibles d’aboutir à une paix durable.
Il a conclu en ces termes :
« Une sécurité durable ne peut être fondée uniquement sur la recherche d’intérêts économiques. Elle repose sur le respect des droits de chaque citoyen et sur la résolution des causes profondes qui alimentent les conflits depuis de nombreuses années. La vie humaine doit toujours primer sur tout autre intérêt. »
Minembwe Capital News informe ses lecteurs que ce message reflète les analyses et opinions de Girinka William Kabare, observateur des questions politiques et sécuritaires dans l’Est de la RDC. Les propos rapportés dans cet article engagent exclusivement leur auteur et s’inscrivent dans le cadre du débat et des discussions en cours sur la situation sécuritaire dans l’Est du Congo.





