MINEMBWE CAPITAL NEWS
Le président Kagame revient sur les relations Rwanda–Burundi, la présence des forces burundaises en RDC et la question des FDLR
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Lors d’un échange avec des journalistes ce lundi, le président Kagame a rejeté l’idée selon laquelle le Rwanda aurait conclu un accord avec le Burundi ou avec toute autre partie, avant de revenir sur ses engagements ou de manquer à leur mise en œuvre.
Paul Kagame a affirmé que le Rwanda n’avait jamais conclu d’accord qu’il n’aurait pas respecté, y compris dans le cadre de ses relations avec le Burundi.
« Nous n’avons jamais conclu d’accord ou pris d’engagement avec qui que ce soit que nous n’aurions pas respecté. Il ne s’agit pas seulement du président du Burundi, mais de qui que ce soit. »
Kagame revient sur son échange avec Ndayishimiye
L’un des principaux sujets évoqués par le président Kagame concerne les informations faisant état de la présence de soldats burundais dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC.
Paul Kagame a expliqué que le Rwanda avait obtenu ces informations par l’intermédiaire de ses services de renseignement. Lorsqu’elles lui sont parvenues, il dit avoir choisi de contacter directement le président Évariste Ndayishimiye afin de vérifier si le Burundi avait effectivement déployé des troupes au Nord-Kivu.
Kagame affirme avoir demandé à son homologue burundais si ces informations étaient exactes, mais que celui-ci les avait catégoriquement démenties.
« Je lui ai demandé : “Président, est-ce vrai ?” Il m’a répondu : “Non, non, non, non.” »
Selon Paul Kagame, le président Ndayishimiye lui aurait alors demandé de réexaminer les informations dont il disposait, estimant que les personnes qui les lui avaient communiquées pouvaient chercher à créer des tensions ou à le tromper.
Bien que Kagame affirme avoir considéré comme fiables les renseignements qui lui étaient parvenus, il explique avoir choisi de faire confiance aux explications données par son homologue burundais.
« Je lui ai dit : “Président, je vous crois.” Même si je pensais que les informations que j’avais reçues étaient fiables, je lui ai dit que j’acceptais ce qu’il me disait. »
« Deux semaines plus tard, des soldats burundais ont été retrouvés au Nord-Kivu »
Le président Kagame a ensuite affirmé que, peu de temps après cette conversation, les informations faisant état de la présence de militaires burundais au Nord-Kivu étaient réapparues.
Il a déclaré qu’environ deux semaines plus tard, des soldats burundais auraient été retrouvés dans cette partie de la RDC, une situation qui, selon lui, a suscité des interrogations sur les explications qui lui avaient été fournies auparavant.
Kagame a utilisé des termes particulièrement fermes pour décrire cette situation, estimant que les événements ultérieurs lui avaient donné des raisons de considérer que les informations qui lui avaient été communiquées n’étaient pas conformes à la réalité.
« Oui, nous en avons parlé. C’est pourquoi je ne peux pas mentir comme il l’a fait avec moi. Moi, je ne mens pas. »
Ces déclarations du président rwandais replacent ainsi la question de la confiance entre Kigali et Bujumbura au centre du débat, dans un contexte où les deux pays ont des intérêts et des préoccupations différents concernant la situation sécuritaire dans l’est de la RDC.
La question des FDLR revient également dans les échanges
Paul Kagame a également indiqué que, lors de ses échanges avec Évariste Ndayishimiye au sujet de la présence des forces burundaises en RDC, d’autres informations avaient également été évoquées, notamment celles faisant état d’une possible implication du Burundi dans des activités liées aux FDLR.
Le Front démocratique de libération du Rwanda (FDLR) est considéré par Kigali comme une menace sécuritaire opérant dans l’est de la RDC.
Cette question demeure particulièrement sensible dans les relations entre les pays de la région des Grands Lacs. Pour le Rwanda, la présence de groupes armés hostiles à proximité de ses frontières constitue depuis longtemps une préoccupation majeure en matière de sécurité.
La question des groupes armés opérant dans l’est de la RDC, notamment les FDLR, est régulièrement présentée par Kigali comme l’un des éléments essentiels à prendre en compte dans la recherche d’une solution durable à la crise sécuritaire régionale.
Pourquoi les déclarations de Kagame interviennent-elles à un moment sensible ?
Les déclarations de Paul Kagame interviennent alors que la situation sécuritaire dans l’est de la RDC continue d’avoir des répercussions importantes sur les relations entre les pays de la région des Grands Lacs.
La RDC est confrontée depuis plusieurs années à l’activité de différents groupes armés, tandis que la situation dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu continue de peser sur les relations entre Kinshasa, Kigali, Bujumbura et plusieurs autres acteurs régionaux et internationaux.
Le Burundi participe également à des opérations sécuritaires en RDC, tandis que le Rwanda accuse les autorités de Kinshasa de collaborer avec des groupes armés hostiles au Rwanda. De son côté, la RDC accuse le Rwanda de soutenir l’AFC/M23. Ces accusations réciproques demeurent parmi les principaux obstacles aux efforts diplomatiques visant à parvenir à une solution durable au conflit.
Dans ce contexte, les déclarations de Paul Kagame sur sa conversation avec Évariste Ndayishimiye peuvent être interprétées comme le signe que la question de la confiance entre Kigali et Bujumbura demeure particulièrement sensible, malgré les différentes initiatives diplomatiques entreprises pour réduire les tensions entre les deux pays.
Kagame affirme ne pas connaître l’accord évoqué par Ndayishimiye
Le président Kagame a également déclaré qu’après les échanges qu’il avait eus avec son homologue burundais, il ne savait pas à quel accord, à quelle réunion ou à quelles discussions Évariste Ndayishimiye faisait référence lorsqu’il évoquait d’éventuels arrangements entre le Rwanda et le Burundi.
Cette déclaration laisse ouverte la question de savoir précisément à quels engagements le président burundais aurait pu faire référence, et si un quelconque arrangement particulier avait effectivement été discuté entre les deux dirigeants.
Kagame a, pour sa part, réaffirmé que le Rwanda ne pouvait être accusé d’avoir accepté un accord pour ensuite refuser de le mettre en œuvre.
Rwanda–Burundi : une relation de nouveau mise à l’épreuve
Les déclarations de Paul Kagame pourraient avoir une portée importante sur les relations entre Kigali et Bujumbura, particulièrement dans un contexte où les deux pays jouent des rôles différents dans les enjeux sécuritaires de l’est de la RDC.
Le Burundi a été impliqué dans différentes opérations de sécurité en RDC, tandis que le Rwanda continue de souligner que la crise sécuritaire régionale ne peut être résolue sans s’attaquer à la question des groupes armés, notamment celle des FDLR.
De son côté, Bujumbura continue de mettre en avant sa participation aux efforts visant à combattre les groupes armés et à contribuer à la sécurité régionale.
Les déclarations de Kagame ne doivent donc pas être considérées uniquement comme une réaction à un différend entre deux dirigeants. Elles s’inscrivent également dans le cadre plus large des enjeux géopolitiques et sécuritaires qui traversent la région des Grands Lacs.
Le président rwandais continue par ailleurs de présenter la crise sécuritaire dans l’est de la RDC comme un problème multidimensionnel, impliquant notamment les groupes armés, la sécurité des frontières et les relations entre les différents États de la région.
La question des causes profondes du conflit en RDC
Concernant la RDC, le Rwanda affirme depuis longtemps que la crise ne devrait pas être analysée uniquement comme une confrontation entre les forces armées congolaises et les groupes armés.
Selon Kigali, une solution durable nécessite également de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité dans la région.
Parmi les questions régulièrement soulevées par les autorités rwandaises figure notamment celle des FDLR et d’autres groupes armés opérant dans l’est de la RDC.
Les autorités congolaises, de leur côté, continuent d’accuser le Rwanda de jouer un rôle dans la crise qui sévit dans l’est du pays, notamment à travers son soutien présumé à l’AFC/M23. Kigali rejette ces accusations et affirme que la crise doit être résolue par le dialogue ainsi que par le traitement des causes profondes du conflit.
Ce que ces déclarations pourraient signifier pour la politique régionale
Dans le contexte politique actuel, les déclarations du président Kagame pourraient rappeler aux observateurs que le déficit de confiance entre les États de la région des Grands Lacs demeure l’un des principaux obstacles à l’instauration d’une paix durable en RDC.
Si Kigali et Bujumbura ne parviennent pas à s’accorder sur les informations relatives à la présence des forces burundaises en RDC ainsi que sur les questions liées aux groupes armés, cela pourrait continuer à compliquer les initiatives diplomatiques et les mécanismes de coopération sécuritaire dans la région.
La relation entre le Rwanda et le Burundi ne peut par ailleurs être dissociée de la crise qui secoue l’est de la RDC, les deux pays partageant des frontières avec cette partie du territoire congolais et ayant des intérêts sécuritaires directs dans la région.
Dans cette perspective, les déclarations de Paul Kagame concernant son échange avec Évariste Ndayishimiye peuvent être perçues comme un message politique adressé non seulement à Kigali et Bujumbura, mais également à Kinshasa et aux acteurs internationaux impliqués dans les efforts de médiation.
Conclusion
Les déclarations du président Paul Kagame relancent plusieurs questions importantes concernant les relations entre le Rwanda et le Burundi, ainsi que le rôle des États de la région dans la crise qui continue de secouer l’est de la RDC.
Kagame a affirmé que le Rwanda n’avait jamais conclu d’accord avec le Burundi, ni avec aucune autre partie, qu’il aurait ensuite refusé de respecter. Il est également revenu sur une conversation avec le président Évariste Ndayishimiye au cours de laquelle il affirme avoir demandé si le Burundi avait déployé des troupes au Nord-Kivu, ce que son homologue aurait catégoriquement démenti.
Selon Kagame, le fait que des informations faisant ensuite état de la présence de forces burundaises au Nord-Kivu soient réapparues a soulevé des interrogations sur la confiance entre les deux dirigeants.
Alors que la crise sécuritaire dans l’est de la RDC continue de peser sur les relations entre les pays de la région, les propos de Paul Kagame pourraient alimenter de nouvelles discussions sur la RDC, les FDLR, la présence des forces étrangères sur le territoire congolais, le rôle des groupes armés et l’avenir de la sécurité dans la région des Grands Lacs.
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