MARTIN FAYULU RELANCE LE DÉBAT : IL APPELLE KINSHASA À DIALOGUER AVEC SES ADVERSAIRES ET PLAIDE POUR L’IMPLICATION DU RWANDA — UNE NOUVELLE APPROCHE POUR LA RDC ?
Le président du parti Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé), Martin Fayulu, a franchi une nouvelle étape dans le débat sur la recherche d’une solution à la crise sécuritaire qui persiste depuis plusieurs années dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Lors d’un échange avec la presse à Paris, mardi, Martin Fayulu a estimé que les discussions devraient réunir tous les acteurs impliqués dans la crise congolaise. Il a également appelé à une implication du Rwanda dans les discussions visant à parvenir à une paix durable dans la région des Grands Lacs.
Martin Fayulu a déclaré : « Le M23, c’est le Rwanda, vous le savez. Mais au sein du M23, il y a des Congolais. Comment pouvez-vous résoudre les problèmes sans discuter avec eux ? Vous devez également discuter avec le Rwanda. »
Ces propos de Martin Fayulu ont suscité des réactions, notamment en raison de sa manière de décrire les relations entre le M23 et le Rwanda.
Le M23 n’est pas le Rwanda : une question qui mérite une lecture plus large
Alors que certains Congolais présentent régulièrement le M23 comme étant le Rwanda, cette affirmation ne devrait pas être considérée comme une vérité incontestable.
Le M23 est un mouvement armé opérant sur le territoire de la RDC et composé de Congolais, qui affirme notamment défendre les intérêts des populations congolaises rwandophones.
Pour Martin Fayulu, la résolution de la crise nécessite de dialoguer avec l’ensemble des acteurs concernés, plutôt que d’exclure certains d’entre eux du processus.
L’homme politique a également réaffirmé que Joseph Kabila et Corneille Nangaa devraient participer au dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi.
Selon lui, le poids politique de ces deux personnalités et leur implication dans les dynamiques politiques et sécuritaires du pays rendent leur participation importante dans la recherche d’une solution durable.
S’appuyant sur le proverbe français « les linges sales se lavent en famille », Martin Fayulu a estimé que les problèmes internes de la RDC devraient d’abord être abordés par les Congolais eux-mêmes.
Le refus du dialogue pourrait-il aggraver le conflit ?
La principale question qui se pose aujourd’hui à la RDC est de savoir si la guerre peut être résolue uniquement par la voie militaire ou si le dialogue politique doit occuper une place centrale.
Le refus de Kinshasa de dialoguer avec certains de ses adversaires pourrait contribuer à prolonger la confrontation armée, plutôt qu’à favoriser une issue politique.
Lorsque la guerre se poursuit, ce sont les Congolais qui perdent la vie, les Congolais qui sont déplacés, les Congolais qui prennent le chemin de l’exil, tandis que les infrastructures et l’économie du pays continuent de subir les conséquences du conflit.
C’est pourquoi la crise devrait être abordée au-delà des discours de confrontation, en privilégiant les mécanismes susceptibles de permettre la cessation des hostilités et la recherche d’une solution durable.
Cela ne signifie pas que le rôle des pays étrangers doit être ignoré. Au contraire, les Congolais devraient jouer un rôle central dans la résolution de leur propre crise, tandis que les États et organisations internationales ayant un rôle ou des intérêts dans cette crise devraient contribuer au processus de paix.
Le Rwanda doit être considéré comme un voisin, et non comme la solution aux problèmes de la RDC
Dans son intervention, Martin Fayulu a appelé à l’implication du Rwanda dans les discussions, en raison de la position qu’occupe ce pays dans les questions sécuritaires de la région.
Cela ne signifie pas que les accusations portées contre le Rwanda doivent automatiquement être considérées comme des faits établis, ni que le Rwanda serait responsable de l’ensemble des problèmes auxquels la RDC est confrontée.
De son côté, le Rwanda continue de mettre l’accent sur sa gouvernance, son développement économique, ses infrastructures et les conditions de vie de sa population.
La guerre en RDC ne devrait donc pas non plus être transformée en un conflit de rejet visant les Rwandais ou le Rwanda en tant que pays.
Kinshasa est-elle prête à privilégier le dialogue plutôt que la guerre ?
La proposition de Martin Fayulu pose une question importante à la politique de Kinshasa : si l’objectif recherché est réellement la paix, pourquoi les acteurs opposés au pouvoir ne pourraient-ils pas être réunis autour d’une même table de négociation ?
Même si le dialogue ne permet pas, à lui seul, de résoudre immédiatement l’ensemble des problèmes, il peut offrir un cadre permettant à chaque partie d’expliquer ses motivations, ses revendications et les concessions qu’elle est prête à envisager.
Des rapports internationaux ont régulièrement fait état d’accusations de violations des accords de paix et de poursuite des opérations militaires par différentes parties impliquées dans la crise congolaise.
Dans ce contexte, la question du dialogue ne devrait pas être considérée uniquement sous l’angle d’une victoire ou d’une défaite politique. Elle devrait également être envisagée comme un moyen de mettre fin aux violences, de préserver les vies congolaises et de donner au pays une nouvelle chance de reconstruire une paix durable.
Alors que le conflit se poursuit, une question essentielle demeure : la RDC continuera-t-elle à rechercher la victoire sur le champ de bataille, ou acceptera-t-elle que la recherche d’une solution durable puisse également passer par la table des négociations ?





