Me. Byashoni dénonce l’utilisation de « GENOCOST » pour qualifier les crimes commis contre les Banyamulenge et appelle à la justice et à la vérité historique
MINEMBWE CAPITAL NEWS
Me. MANIRAGABA BYASHONI John, avocat, défenseur des droits humains et membre de la communauté banyamulenge de la République démocratique du Congo (RDC), a déclaré, à titre personnel, son désaccord avec la manière dont l’État congolais et certaines institutions utilisent le terme « GENOCOST » pour qualifier les crimes et massacres qu’il affirme avoir été commis contre les Banyamulenge dans les Hauts Plateaux d’Itombwe, à Minembwe, Bijombo et dans d’autres régions.
Dans une lettre ouverte datée du 23 août 2026, Me. Byashoni estime que la question de la citoyenneté des Banyamulenge, ainsi que la manière dont les crimes commis contre les membres de cette communauté sont qualifiés, constituent deux problématiques étroitement liées qui devraient être examinées de manière approfondie, impartiale et fondée sur des éléments de preuve.
Il précise que cette lettre constitue une prise de position personnelle et qu’elle ne vise pas à reprendre ou à reproduire les conclusions ou positions d’une autre personne ou d’un mouvement politique.
Me. Byashoni conteste les propos attribués à Martin Fayulu sur les Banyamulenge
Au début de sa lettre, Me. Byashoni exprime ses préoccupations face aux débats récurrents sur la citoyenneté des Banyamulenge, particulièrement à la suite de propos qu’il attribue à Martin Fayulu, tenus à Bruxelles le 19 août 2026.
Selon Me. Byashoni, Martin Fayulu aurait déclaré qu’il n’existe pas de groupe ethnique banyamulenge au Congo et que les Banyamulenge constitueraient plutôt une communauté originaire du Rwanda.
Me. Byashoni affirme rejeter personnellement et fermement ces propos, notamment au regard de son engagement en faveur de la défense des droits humains.
En substance, il estime que les débats politiques ne devraient pas conduire à mettre en danger la vie, la dignité ou le statut juridique des Banyamulenge, au point de remettre en cause leur citoyenneté en RDC.
Il précise qu’il ne considère pas cette question comme un simple débat partisan ou politique, mais comme une position personnelle fondée sur son engagement contre ce qu’il qualifie de « négation, d’exclusion et de volonté de priver les Banyamulenge de leur citoyenneté congolaise ».
Il revient sur la réponse de Me. Azarias Ruberwa
Me. Byashoni évoque également la réponse de Me. Azarias Ruberwa, qui s’est lui aussi exprimé au sujet des propos attribués à Martin Fayulu.
Toutefois, Me. Byashoni insiste sur le caractère indépendant de sa propre démarche et souligne que son texte est distinct de celui de Me. Ruberwa.
Il écrit notamment :
« La remise en question de notre existence se déroule à Bruxelles, alors que les populations font face à l’insécurité à Minembwe. »
Il établit un lien entre le débat sur les Banyamulenge et l’insécurité à Minembwe
Dans sa lettre, Me. Byashoni met en relation les débats sur la citoyenneté des Banyamulenge avec les problèmes persistants de sécurité dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu.
Il affirme que les informations et témoignages sur lesquels il s’appuie font état d’une reprise d’activités militaires et d’attaques dans certaines zones de Minembwe et Mibunda, avec des conséquences sur les populations civiles ainsi que sur des personnes qui avaient commencé à regagner leurs habitations après des périodes d’insécurité.
Tout en reconnaissant que ces informations devraient faire l’objet de vérifications par des organismes indépendants, il estime qu’elles soulèvent une question importante qui ne devrait pas être ignorée.
Selon lui, il existe un décalage entre les débats menés à l’étranger sur le statut que devraient avoir les Banyamulenge et la réalité vécue par des populations présentes sur le terrain, qui affirment être confrontées à des persécutions et à des massacres.
Me. Byashoni estime que lorsqu’une communauté est constamment présentée comme étrangère, comme n’ayant pas sa place dans le pays ou comme n’étant pas une communauté reconnue, il existe un risque que les violences commises contre ses membres ne soient pas prises en considération avec toute la gravité nécessaire.
Pourquoi Me. Byashoni refuse de considérer « GENOCOST » comme l’unique cadre d’analyse des crimes commis contre les Banyamulenge
L’un des principaux points de la déclaration de Me. Byashoni concerne le concept de « GENOCOST », terme utilisé en RDC dans certains débats portant sur les crimes graves liés aux conflits, aux ressources naturelles et aux réparations en faveur des victimes.
Me. Byashoni précise qu’il ne rejette pas le principe des réparations ni la nécessité de réparer les préjudices causés par les crimes.
Son objection porte plutôt sur la manière dont le terme « GENOCOST » pourrait être utilisé pour qualifier les crimes qu’il affirme avoir été commis contre les Banyamulenge.
Selon lui, cette appellation pourrait avoir pour conséquence de laisser dans l’ombre une partie importante de l’histoire spécifique de cette communauté.
« Les ressources naturelles ne devraient pas constituer l’explication générale des massacres »
Me. Byashoni affirme que, dans l’axe Itombwe–Minembwe–Bijombo, il ne dispose pas d’éléments établissant l’existence d’une exploitation minière légale d’une ampleur qui pourrait servir de fondement à l’explication de l’ensemble des crimes commis contre les populations de cette région.
C’est à partir de cette observation qu’il pose la question de savoir si la recherche d’intérêts économiques devrait réellement constituer le principal cadre d’interprétation des massacres et autres crimes graves qu’il affirme avoir été commis contre les Banyamulenge.
Il précise qu’il ne nie pas que les ressources naturelles puissent jouer un rôle dans certains conflits en RDC. Toutefois, il refuse que cette dimension devienne une explication générale de tous les crimes commis contre les Banyamulenge.
Selon lui, il convient également d’examiner les éléments susceptibles de démontrer l’existence d’une discrimination fondée sur l’origine ethnique, la citoyenneté ou l’hostilité envers une communauté particulière.
Il rappelle plusieurs massacres qu’il affirme avoir visé les Banyamulenge
Dans sa déclaration, Me. Byashoni revient sur plusieurs épisodes de violences et de massacres qu’il affirme avoir visé les Banyamulenge à différentes périodes de l’histoire de la RDC.
Il cite notamment les événements de Bibogobogo, Gandja, Uvira et Bukavu en 1996, ainsi que d’autres violences survenues dans différentes régions de la RDC en 1998, notamment à Kinshasa, Kalemie et Kamina.
Il rappelle également le massacre de Gatumba du 13 août 2004, ainsi que d’autres actes de violence qu’il affirme avoir été commis à Bukavu et qui seraient liés au colonel Nabyolwa.
Il évoque aussi la mort du major Joseph Kamizobe, affirmant que sa dépouille aurait été profanée à Fizi, ainsi que la mort du lieutenant Kabongo à Goma, en plus d’autres événements qu’il considère comme ayant profondément marqué l’histoire des Banyamulenge.
À partir de ces événements, Me. Byashoni pose une question centrale :
« Ces personnes ont-elles été tuées parce qu’elles exploitaient des minerais ou en raison d’intérêts économiques ? »
Pour sa part, sa réponse est négative.
Il estime que, dans les crimes qu’il évoque, la question de la citoyenneté ainsi que les motivations ayant conduit aux attaques contre certaines personnes ne devraient pas être écartées de l’analyse.
« Nous n’avons pas été tués à cause des ressources, mais à cause de ce que nous sommes »
Me. Byashoni soutient que, dans certains crimes, la question centrale ne réside pas nécessairement dans les biens ou les ressources détenus par les victimes, mais pourrait être liée à leur identité ou à leur appartenance communautaire.
C’est dans cette perspective qu’il estime que le fait de regrouper l’ensemble des crimes sous le seul concept de « GENOCOST » pourrait avoir deux conséquences majeures.
Première conséquence : minimiser ou masquer la dimension liée à la citoyenneté
Selon lui, lorsque les massacres sont principalement présentés comme des crimes commis pour le contrôle des ressources naturelles, il existe un risque de sous-estimer le rôle éventuel de la haine fondée sur l’origine ethnique ou la citoyenneté.
Me. Byashoni estime que, pour les survivants des violences, l’identification des victimes et la compréhension des raisons pour lesquelles elles ont été ciblées constituent des éléments essentiels pour établir la vérité historique.
Deuxième conséquence : diluer la spécificité de l’histoire des Banyamulenge
Me. Byashoni estime également que les crimes commis contre les Banyamulenge pourraient perdre leur caractère spécifique s’ils étaient exclusivement intégrés dans une catégorie générale regroupant les violences liées aux conflits et aux ressources naturelles.
Il ne soutient pas pour autant que les autres victimes devraient être ignorées.
Au contraire, il demande que les crimes commis contre les Banyamulenge soient eux aussi documentés, investigués et examinés à partir d’éléments de preuve spécifiques susceptibles d’établir l’existence de persécutions fondées sur la citoyenneté.
Il appelle à la justice, à la vérité et à des réparations spécifiques
Dans les conclusions de sa déclaration, Me. Byashoni affirme soutenir la reconnaissance et l’examen spécifique des crimes qu’il affirme avoir été commis contre les Banyamulenge.
Il demande que, lorsque les preuves disponibles le permettent et que le droit applicable le prévoit, certains de ces crimes puissent être examinés comme des actes de génocide ou d’autres crimes internationaux graves.
Il appelle également à la mise en place d’un mécanisme indépendant et impartial chargé de :
- recueillir et préserver les éléments de preuve ;
- établir la vérité sur les faits ;
- identifier les personnes impliquées sur la base des preuves disponibles ;
- déterminer les responsabilités individuelles ;
- rendre justice aux victimes ;
- et assurer des réparations aux survivants.
Il insiste sur le fait que la responsabilité des personnes impliquées dans différents crimes ne devrait pas être déterminée avant la réalisation d’enquêtes sérieuses, mais qu’elle devrait être établie par des mécanismes indépendants, impartiaux et fondés sur les preuves.
« Je ne demande pas aux gens d’adhérer à mes opinions politiques »
En conclusion de sa déclaration, Me. Byashoni affirme qu’il ne demande pas à tout le monde de partager ses opinions politiques.
Il demande plutôt que l’histoire des Banyamulenge soit écrite sans négation, que leur citoyenneté soit reconnue et que les crimes qu’il affirme avoir été commis contre les membres de cette communauté soient examinés avec le même degré d’attention que les crimes commis contre d’autres citoyens de la RDC.
Selon lui, la question de la sécurité des Banyamulenge ne peut être dissociée de celle de la reconnaissance de leur citoyenneté.
À ses yeux, le statut juridique d’une communauté ne devrait pas être déterminé par les circonstances politiques du moment.
Il conclut sa déclaration par une formule forte :
« Nous n’avons pas été tués à cause du “GENOCOST”. Nous avons été tués à cause de ce que nous sommes. »
Me. Byashoni affirme que c’est précisément pour cette raison qu’il demande que l’histoire des Banyamulenge soit respectée, que leur citoyenneté soit reconnue et que la justice permette d’établir la vérité sur les crimes qu’il affirme avoir été commis contre les membres de cette communauté, sans partialité ni instrumentalisation politique de leur histoire.
Me. Byashoni a conclu sa déclaration en indiquant qu’il se trouvait à Bukavu.






