RDC : La révocation soudaine du Lt-Général Rwibasira continue de susciter des interrogations au sein des FARDC ; un nouveau signe des tensions latentes au sommet de l’armée ?
Les récents changements intervenus au sein de la hiérarchie des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) continuent de susciter de nombreuses réactions tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, après la révocation inattendue du Lt-Général Rwibasira Ruyumbu Obed de ses fonctions de Commandant des Écoles Militaires des FARDC, dans des circonstances qui demeurent peu claires.
La décision de son remplacement a été annoncée à travers un document émanant du Cabinet du Chef d’État-Major Général des FARDC, le Lt-Général Banza Mwilambwe Jules. Il a été remplacé par le Major-Général Kalonda Famba Kaf, désigné pour assurer l’intérim à la tête des Écoles Militaires.
Bien que les autorités militaires aient confirmé cette décision, aucune explication officielle n’a été fournie quant aux raisons ayant conduit à la suspension du Lt-Général Rwibasira de ce poste stratégique. Cette absence de communication a alimenté de nombreuses spéculations parmi les observateurs des affaires militaires et politiques congolaises.
Le Lt-Général Rwibasira Ruyumbu Obed figure parmi les officiers supérieurs les plus connus des FARDC. Originaire de la province du Nord-Kivu, il est également identifié comme appartenant à la communauté tutsie congolaise.
Au cours de sa carrière militaire, il a occupé plusieurs postes de responsabilité, notamment à la tête de la 34ᵉ Région Militaire au Nord-Kivu ainsi que de la 5ᵉ Région Militaire au Kasaï. Au début de l’année 2025, il avait été nommé Commandant des Écoles Militaires des FARDC, une fonction considérée comme essentielle dans la formation des futurs cadres de l’armée congolaise.
En avril 2025, lors d’une cérémonie de clôture de formation militaire à Kananga, il avait exprimé sa confiance dans la capacité des FARDC à vaincre l’AFC/M23, des déclarations qui témoignaient alors de la confiance dont il semblait bénéficier au sein de la haute hiérarchie militaire.
Selon plusieurs observateurs, le fait qu’un officier du rang de Lt-Général soit relevé de ses fonctions sans explication officielle pourrait être révélateur de tensions croissantes au sein du commandement militaire.
Ces dernières années, l’armée congolaise a été marquée par de nombreux remaniements touchant les hauts responsables militaires. Certains ont été mutés de manière inattendue, tandis que d’autres ont été arrêtés ou traduits devant les juridictions militaires.
Cette situation intervient alors que les FARDC continuent de faire face à d’importants défis sécuritaires dans l’est du pays, où l’AFC/M23 maintient son contrôle sur plusieurs zones des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
La révocation du Lt-Général Rwibasira intervient également dans un contexte où la Haute Cour Militaire poursuit plusieurs procédures impliquant des officiers de haut rang.
Parmi eux figure le Général Christian Tshiwewe Songesa, ancien Chef d’État-Major Général des FARDC et l’une des personnalités militaires les plus influentes du pays au cours des dernières années.
Le fait que certains hauts responsables soient poursuivis devant les tribunaux, que d’autres soient démis de leurs fonctions ou rapidement réaffectés nourrit les analyses de ceux qui estiment que des divergences existent entre différents groupes d’officiers aux intérêts et sensibilités politiques parfois opposés.
Certains considèrent que ces changements s’inscrivent dans la stratégie du Président Félix Tshisekedi visant à réformer l’armée et à renforcer son contrôle sur les institutions sécuritaires, dans un contexte marqué par la guerre et d’importants enjeux politiques.
D’autres observateurs estiment toutefois que ces mouvements pourraient également refléter une crise de confiance grandissante entre les autorités politiques et certains hauts responsables militaires.
Historiquement, les FARDC ont souvent été confrontées à des divisions liées aux appartenances ethniques, régionales ou politiques. Depuis l’intégration de plusieurs mouvements armés au sein de l’armée nationale à la suite des conflits de 1998 à 2003, l’institution militaire peine à construire une chaîne de commandement pleinement unifiée, solide et consensuelle.
C’est pourquoi de tels changements sont fréquemment interprétés par les analystes comme les manifestations de problèmes plus profonds au sein du commandement militaire.
Pour l’heure, le Major-Général Kalonda Famba Kaf a été chargé d’assurer la direction intérimaire des Écoles Militaires des FARDC.
Les spécialistes des questions militaires congolaises soulignent que cette mission lui est confiée à un moment particulièrement sensible, alors que le pays est engagé dans un conflit majeur dans sa partie orientale et que la hiérarchie militaire continue de connaître des réaménagements controversés.
À ce jour, aucune information officielle ne permet de savoir si le Lt-Général Rwibasira se verra confier de nouvelles fonctions, s’il fait l’objet de mesures disciplinaires particulières ou si des considérations sécuritaires expliquent le silence persistant des autorités militaires.
Une chose demeure cependant certaine : son éviction a relancé les débats autour des questions de gouvernance, de confiance et des mutations successives qui caractérisent actuellement le sommet des FARDC, dans un contexte marqué par la guerre ainsi que par de complexes défis politiques et sécuritaires.
Pour de nombreux observateurs de la scène congolaise, la mise à l’écart du Lt-Général Rwibasira ne constitue pas un simple changement administratif. Elle est perçue comme un nouvel indicateur des tensions et des divergences qui continuent d’être évoquées au sein du commandement militaire congolais à une période particulièrement importante de l’histoire du pays.






