GUERRE PERSISTANTE DANS L’EST DE LA RDC : Comment Tshisekedi tente depuis plus de cinq ans de vaincre le M23 et le MRDP-Twirwaneho, mais sans parvenir à obtenir une victoire décisive
Alors que le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo approche de sa huitième année à la tête de la République démocratique du Congo (RDC), l’un des défis majeurs auxquels il continue de faire face demeure la guerre qui sévit dans l’est du pays. Malgré d’importants investissements dans les forces armées, le recours à de nombreux partenaires étrangers ainsi que la mise en œuvre de diverses stratégies politiques et militaires, le mouvement M23, aujourd’hui regroupé au sein de l’alliance AFC/M23, ainsi que le MRDP-Twirwaneho, continuent de défier son autorité.
L’évolution de la situation depuis 2021, et même avant cette période, montre que Kinshasa a tenté presque toutes les approches possibles sur les plans militaire, diplomatique et médiatique. Cependant, jusqu’à présent, le gouvernement n’est pas parvenu à obtenir la victoire durable qu’il espérait.
Après près de neuf années durant lesquelles le M23 semblait affaibli à la suite de sa défaite de 2013, le mouvement est réapparu sur le terrain à la fin de l’année 2021 et au début de 2022 avec une nouvelle dynamique. Alors que les autorités de Kinshasa pensaient que ce groupe n’était plus en mesure de se reconstituer, le M23 a commencé à prendre le contrôle de plusieurs zones du territoire de Rutshuru avant d’étendre ses opérations à d’autres régions du Nord-Kivu.
Dans le même temps, au Sud-Kivu, le MRDP-Twirwaneho a poursuivi l’expansion de ses activités, notamment dans les hauts plateaux de Minembwe, Bijombo, Mikenge et d’autres localités, affirmant défendre les droits de populations qui dénoncent depuis plusieurs années des violences et des discriminations.
Cette situation a placé Kinshasa face à l’un des défis sécuritaires les plus complexes rencontrés depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir.
Les différentes stratégies adoptées par Tshisekedi dans cette guerre
- Miser sur la puissance des FARDC
Dans un premier temps, le président Tshisekedi a estimé que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) seraient capables de neutraliser le M23 par des opérations militaires conventionnelles. Le budget de la défense a fortement augmenté, permettant l’acquisition de nouveaux armements, d’avions de combat, de drones ainsi que d’équipements technologiques modernes.
Cependant, plusieurs obstacles persistants ont limité l’efficacité de ces efforts, notamment la corruption, la mauvaise gouvernance, le manque de confiance entre certains responsables militaires ainsi que des insuffisances en matière de formation et d’organisation.
Malgré l’importance des ressources engagées, les résultats obtenus sont restés en deçà des attentes.
- Le recours aux Wazalendo
Constatant que les FARDC seules ne parvenaient pas à contenir efficacement les groupes armés adverses, Kinshasa a choisi de soutenir les milices regroupées sous l’appellation « Wazalendo ».
Ces forces étaient composées de différentes factions Maï-Maï ainsi que d’autres groupes armés locaux.
L’objectif était d’encercler l’AFC/M23 et de limiter sa liberté d’action dans les zones sous son contrôle.
Cependant, au fil du temps, plusieurs groupes Wazalendo ont également été accusés de violations des droits humains, de pillages et d’exactions contre les populations civiles, ce qui a conduit une partie de la population à les considérer davantage comme une source d’insécurité que comme une solution.
- L’intégration de forces étrangères
Tshisekedi a également cherché un appui militaire extérieur.
Des troupes burundaises ont été déployées dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Les forces de la SADC, notamment celles d’Afrique du Sud, de Tanzanie et du Malawi, ont également été engagées dans le conflit.
Auparavant, la MONUSCO ainsi que les forces de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) avaient déjà été impliquées dans les efforts de stabilisation.
Malgré leurs capacités militaires importantes, ces différentes forces n’ont pas réussi à modifier de manière significative l’équilibre du conflit.
Dans certains cas, l’AFC/M23 est même parvenue à étendre son contrôle territorial malgré la présence de ces acteurs militaires.
- La bataille diplomatique
Sur le plan diplomatique, le président Tshisekedi a multiplié les initiatives afin d’exercer une pression accrue sur les pays accusés de soutenir le M23.
Il a porté cette question devant l’Union africaine, la SADC, l’EAC, les Nations unies ainsi que plusieurs partenaires occidentaux.
Bien que certaines sanctions et déclarations officielles aient visé des individus spécifiques, ces mesures n’ont pas empêché l’AFC/M23 de maintenir ses capacités opérationnelles sur le terrain.
- La guerre de communication
L’un des aspects marquants du mandat de Tshisekedi a également été l’importance accordée à la communication et aux réseaux sociaux.
À plusieurs reprises, Kinshasa a tenté de présenter l’AFC/M23 comme une simple menace sécuritaire. Toutefois, avec le temps, cette coalition a cherché à se présenter comme un acteur porteur d’un projet politique.
Cette évolution a contribué à transformer la bataille de l’information en un véritable front du conflit.
- La stratégie d’usure
Au cours des deux dernières années, Kinshasa semble avoir adopté une approche davantage fondée sur une guerre d’usure (« War of Attrition »).
L’objectif n’est plus nécessairement de reprendre immédiatement une ville ou un territoire, mais plutôt d’obliger l’AFC/M23 et le MRDP-Twirwaneho à mobiliser continuellement des ressources humaines, matérielles et financières jusqu’à un éventuel affaiblissement.
Cette stratégie s’inscrit dans le long terme et peut avoir des conséquences importantes sur l’économie nationale.
Pourquoi l’AFC/M23 et le MRDP-Twirwaneho demeurent-ils difficiles à vaincre ?
De nombreux observateurs estiment que l’un des principaux défis auxquels Kinshasa est confronté réside dans le fait que ces mouvements ne sont plus de simples groupes armés.
L’AFC/M23 a mis en place des structures administratives dans les territoires qu’elle contrôle, perçoit des taxes et exerce une influence sur plusieurs axes commerciaux stratégiques.
De son côté, le MRDP-Twirwaneho a développé des réseaux de soutien au sein de certaines communautés des hauts plateaux de Minembwe, ce qui lui permet de maintenir sa présence malgré les opérations militaires dont il fait l’objet.
Par ailleurs, toutes les parties au conflit ont progressivement adopté de nouvelles méthodes de combat, notamment l’utilisation de drones, du renseignement technologique et de tactiques de mobilité rapide sur le terrain.
La guerre peut-elle encore durer plusieurs années ?
À la lumière de la situation observée en 2026, il apparaît difficile d’identifier un camp capable d’imposer rapidement une victoire décisive.
Kinshasa dispose des ressources de l’État ainsi que d’un soutien international significatif.
L’AFC/M23 et le MRDP-Twirwaneho, quant à eux, conservent une capacité de résistance leur permettant de poursuivre les combats et de maintenir leur influence dans certaines zones stratégiques.
C’est pourquoi de nombreux analystes considèrent que, faute d’une solution politique durable, le conflit dans l’est de la RDC pourrait se prolonger encore pendant plusieurs années.
Après plus de cinq années de guerre intense, le président Félix Tshisekedi a expérimenté diverses approches : opérations militaires, recours aux Wazalendo, intervention de forces étrangères, initiatives diplomatiques, guerre de communication et stratégie d’usure.
Pourtant, jusqu’à présent, l’AFC/M23 et le MRDP-Twirwaneho demeurent des acteurs militaires influents sur le terrain.
Cette réalité fait de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC l’un des défis les plus complexes et les plus persistants auxquels le pays est confronté ces dernières années.
Alors que les efforts politiques progressent lentement, les populations du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et des Hauts Plateaux continuent de payer le prix le plus lourd de ce conflit. Déplacements forcés, pauvreté, insécurité alimentaire, violences et traumatismes demeurent les principales conséquences d’une guerre qui, depuis de nombreuses années, peine à trouver une solution durable.






