Kabila Publie un Message Fort Susceptible de Redessiner l’Avenir Politique de la RDC
Alors que le débat autour d’un projet de révision de la Constitution continue de prendre de l’ampleur en République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila Kabange, ancien Président de la République, a publié un message particulièrement ferme qui pourrait influencer profondément l’évolution politique du pays dans les années à venir.
Dans une lettre de trois pages rendue publique le 11 juin 2026, Joseph Kabila, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, a appelé l’ensemble des Congolais à se mobiliser contre ce qu’il qualifie de « tentative de remise en cause de la Constitution et de confiscation du pouvoir », accusant le président Félix Tshisekedi et son entourage de vouloir s’écarter des principes constitutionnels.
Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par de fortes tensions politiques et sécuritaires. Le gouvernement de Félix Tshisekedi fait face à de nombreuses critiques de la part de l’opposition, notamment concernant l’insécurité persistante dans l’est du pays, la corruption, les difficultés économiques ainsi que les controverses liées à une éventuelle révision constitutionnelle.
Selon Joseph Kabila, la décision prise par le Parlement de soutenir le processus pouvant conduire à l’organisation d’un référendum constitutionnel constitue un signe inquiétant d’une volonté de remettre en cause les fondements démocratiques du pays.
Il estime que la RDC s’engage sur une voie susceptible de provoquer une grave crise politique. Il a notamment décrit le pays comme une « bombe à retardement », dénonçant la montée de l’autoritarisme, la réduction des libertés politiques et la concentration du pouvoir entre les mains d’un cercle restreint de dirigeants.
Dans son message, Joseph Kabila déclare :
« Face à la décision des autorités de modifier la Constitution, malgré les conséquences évidentes et incontestables que cela pourrait avoir pour le pays, je me sens tenu de rappeler à chacun que l’article 64 de la Constitution prévoit que tout Congolais a le devoir de s’opposer à toute personne ou groupe de personnes exerçant le pouvoir en violation de la Constitution. »
Il poursuit en affirmant que la défense de la Constitution n’est pas seulement un droit, mais également un devoir citoyen.
Depuis plusieurs mois, l’éventualité d’une révision de certaines dispositions de la Constitution congolaise alimente les débats. Bien que le pouvoir de Félix Tshisekedi n’ait jamais officiellement confirmé vouloir augmenter le nombre de mandats présidentiels, l’opposition estime que les réformes envisagées pourraient ouvrir la voie à la suppression des limitations empêchant un président d’exercer plus de deux mandats.
Cette perspective a conduit plusieurs partis d’opposition ainsi que certaines organisations de la société civile à dénoncer ce qu’ils considèrent comme une « régression démocratique ».
Joseph Kabila a également averti que la modification de la Constitution risquerait d’aggraver les tensions politiques et de renforcer les divisions au sein d’un pays déjà fragilisé par des décennies de conflits et d’instabilité.
Dans la partie la plus marquante de son message, il a lancé un appel à tous les Congolais, sans distinction d’origine ethnique, de province, de religion ou d’appartenance politique, afin qu’ils s’unissent pour empêcher ce projet.
Il a déclaré :
« J’appelle tous les Congolais à faire preuve de patriotisme pour défendre la nation et à unir toutes les forces vives du pays, sans considération d’origine, de province, de religion, de langue, de condition sociale ou de conviction politique. »
Pour de nombreux observateurs, ces propos constituent un appel à une mobilisation accrue de la population et de la classe politique afin d’exercer une pression sur le pouvoir en place avant les élections prévues en 2028.
Joseph Kabila n’est pas le seul à s’opposer à cette initiative. Plusieurs figures majeures de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Augustin Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund, ont créé une coalition baptisée « Front 64 ».
Le nom de cette plateforme fait référence à l’article 64 de la Constitution congolaise, qui stipule que les citoyens ont le devoir de s’opposer à toute prise ou exercice du pouvoir contraire aux dispositions constitutionnelles.
Selon plusieurs analystes politiques, cette coalition pourrait devenir un nouveau pôle de rassemblement de l’opposition en vue des prochaines échéances électorales.
De son côté, le président Félix Tshisekedi continue d’affirmer qu’il ne nourrit aucune ambition de briguer un troisième mandat. Toutefois, certaines de ses déclarations alimentent régulièrement les spéculations politiques.
À plusieurs reprises, il a notamment déclaré :
« Je ne cherche pas un troisième mandat, mais si le peuple souhaite que je continue à le diriger, j’accepterai. »
Ces propos continuent d’alimenter les débats, certains y voyant un signe qu’il pourrait envisager une nouvelle candidature si le cadre juridique venait à être modifié.
Par ailleurs, l’opposition accuse le chef de l’État de ne pas être parvenu à résoudre plusieurs défis majeurs auxquels le pays est confronté, notamment l’insécurité persistante dans l’est de la RDC, les difficultés économiques, la corruption et les problèmes de gouvernance.
Joseph Kabila a quitté le pouvoir en 2019 à la suite de l’élection qui a porté Félix Tshisekedi à la présidence. Bien qu’ils aient initialement entretenu une relation de coopération politique, leurs rapports se sont progressivement détériorés jusqu’à devenir ouvertement conflictuels.
Aujourd’hui, Joseph Kabila traverse lui-même une période politiquement et juridiquement délicate. Il fait l’objet d’accusations liées à la situation sécuritaire du pays et a perdu son immunité en tant qu’ancien chef de l’État. Malgré cela, son influence demeure importante dans la vie politique congolaise en raison de ses nombreuses années au pouvoir et de son poids au sein des formations politiques qui lui restent fidèles.
Alors que le débat sur la révision constitutionnelle continue de s’intensifier, de nombreux observateurs s’interrogent sur le risque de voir la RDC replonger dans une période de fortes tensions politiques, semblable à celle qui avait marqué les dernières années du mandat de Joseph Kabila, lorsque d’importantes manifestations avaient éclaté contre une éventuelle prolongation de son maintien au pouvoir.
L’appel lancé par Joseph Kabila à une mobilisation nationale témoigne de l’intensification de la confrontation politique dans un pays dont l’histoire a souvent été marquée par des crises liées à la gouvernance et à l’exercice du pouvoir.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2028, les Congolais comme la communauté internationale observent attentivement l’évolution de ce dossier afin de savoir si les autorités poursuivront leur projet de réforme constitutionnelle ou si la pression de l’opposition parviendra à freiner cette initiative.





