Kabuya établit un parallèle entre les destins politiques de Tshisekedi et Kagame, une déclaration qui continue de susciter la controverse
Le Secrétaire général et président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti au pouvoir en République démocratique du Congo, Augustin Kabuya, a tenu des propos qui continuent de susciter la controverse dans le paysage politique de la région des Grands Lacs. Il a établi un parallèle entre l’avenir politique du président Félix Tshisekedi et celui du président rwandais Paul Kagame.

Lors d’une récente rencontre politique organisée par l’UDPS à Kinshasa, Augustin Kabuya a déclaré devant les militants du parti :
« Pour que Tshisekedi quitte le pouvoir, Kagame doit d’abord quitter le pouvoir. »
Cette déclaration a soulevé de nombreuses interrogations. Certains y voient une volonté de placer les trajectoires politiques du Rwanda et de la RDC sur une même ligne, alors que les deux pays, bien qu’étant voisins, présentent des histoires, des institutions, des systèmes de gouvernance et des réalités politiques différents.
Rwanda et RDC : des pays voisins, mais des systèmes de gouvernance différents
Le Rwanda et la République démocratique du Congo sont deux pays partageant une frontière commune, mais leurs modes de gouvernance ainsi que les défis auxquels ils sont confrontés ne peuvent être considérés comme identiques.
Depuis l’arrivée du président Paul Kagame au pouvoir, le Rwanda a mis l’accent sur le renforcement des institutions de l’État, la sécurité, les infrastructures, les technologies ainsi que le développement économique. Ses partisans estiment que cette gouvernance a contribué à transformer le visage du pays et à améliorer les conditions de vie de la population.
Dans ce contexte, établir un parallèle entre la fin éventuelle du pouvoir du président Kagame et celle du président Tshisekedi peut être considéré comme une comparaison dont le fondement en matière de gouvernance demeure discutable.
Le fait que le Rwanda et la RDC soient des pays voisins ne signifie pas que leurs trajectoires politiques doivent nécessairement évoluer de manière parallèle, ni que la fin du mandat ou du pouvoir du chef d’État d’un pays devrait être déterminée par celle de son homologue dans l’autre.
La déclaration de Kabuya suscite la controverse
Les propos d’Augustin Kabuya peuvent amener certains observateurs à s’interroger sur les raisons pour lesquelles un haut responsable du parti au pouvoir en RDC a choisi d’associer le destin politique du président Félix Tshisekedi à celui du président Paul Kagame, plutôt que d’aborder les difficultés du pays à partir des responsabilités propres à l’État congolais.
Depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir, la question sécuritaire dans l’est de la RDC demeure l’un des principaux défis auxquels le pays est confronté.
Les conflits et les violences qui persistent depuis plusieurs années dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que leurs conséquences sur les populations, ont entraîné des déplacements massifs, des mouvements de réfugiés, des perturbations économiques et une hausse des prix des denrées alimentaires et d’autres produits de première nécessité.
Pour de nombreux Congolais, la question essentielle n’est pas de savoir si Paul Kagame ou Félix Tshisekedi quittera le pouvoir avant l’autre, mais plutôt de savoir quand les autorités congolaises seront en mesure de mettre fin aux conflits et d’offrir à la population une paix durable.
Les populations de l’est de la RDC continuent de payer le prix de la guerre
Alors que les responsables politiques poursuivent leurs débats autour des relations entre le Rwanda et la RDC, les populations de l’est du pays continuent, elles, de subir les conséquences des conflits.
De nombreuses familles ont été contraintes de quitter leurs habitations, les activités commerciales sont perturbées, les axes de transport sont fermés ou deviennent difficiles d’accès en raison de l’insécurité, tandis qu’une partie importante de la population continue de chercher les moyens de se procurer de la nourriture, des médicaments et d’autres produits essentiels.
Dans ce contexte, la déclaration de Kabuya peut être perçue comme ne répondant pas directement aux préoccupations fondamentales de la population, mais plutôt comme un déplacement de la question de la gouvernance congolaise vers le dirigeant d’un pays voisin.
Dans la gouvernance d’un État, les citoyens devraient pouvoir évaluer les résultats à travers leur niveau de sécurité, la situation économique du pays, l’emploi, les infrastructures, les services de santé et d’éducation, ainsi que la capacité de l’État à protéger la population et ses biens.
C’est dans cette perspective que les différences entre le Rwanda et la RDC devraient être analysées à partir des résultats de leurs systèmes de gouvernance, plutôt que de rapprocher leurs dirigeants uniquement en raison de la proximité géographique des deux pays.
La question de savoir si le président Paul Kagame doit rester au pouvoir ou le quitter relève des citoyens rwandais et des institutions du Rwanda. De même, la question du maintien ou du départ du président Félix Tshisekedi relève des Congolais et des institutions de la RDC.
Pour résoudre ses propres problèmes, notamment la question sécuritaire dans l’est du pays, la RDC a besoin de réponses fondées sur ses responsabilités nationales, le dialogue politique, le renforcement des institutions ainsi que la garantie de la sécurité et de la justice pour ses citoyens.
Le problème de Kinshasa ne se limite pas à Kigali
Les propos d’Augustin Kabuya remettent ouvertement en lumière une question qui pèse depuis longtemps sur les relations entre les deux pays : la RDC accuse régulièrement le Rwanda d’être impliqué dans les problèmes sécuritaires qui affectent l’est du Congo, tandis que Kigali accuse à son tour Kinshasa de contribuer à certaines dynamiques sécuritaires qui concernent la région.
Toutefois, ces différends ne dispensent pas l’État congolais de ses propres responsabilités dans la recherche d’une solution durable aux conflits qui se déroulent sur son territoire.
Alors que les populations continuent de fuir leurs villages, que la pauvreté s’aggrave et que les économies des zones touchées par les conflits sont de plus en plus fragilisées, la priorité devrait être de mettre fin aux violences et de permettre aux populations de retrouver une vie normale, plutôt que de chercher constamment à identifier un ennemi ou un adversaire politique.
Kabuya laisse une question majeure : quand la RDC résoudra-t-elle ses propres problèmes ?
La déclaration d’Augustin Kabuya peut s’inscrire dans la ligne politique de l’UDPS visant à défendre le pouvoir du président Félix Tshisekedi. Elle soulève toutefois une question fondamentale : jusqu’à quand les autorités congolaises se concentreront-elles sur les actions du Rwanda, au lieu de mettre davantage l’accent sur les moyens de résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les citoyens congolais ?
Établir un lien entre la fin du pouvoir de Félix Tshisekedi et celle de Paul Kagame ne change en rien les conditions de vie des populations du Kivu.
Les citoyens ont besoin de sécurité, de routes, d’écoles, d’hôpitaux, d’activités économiques fonctionnelles et d’un État capable de les protéger.
Alors que les conflits dans l’est de la RDC continuent d’avoir de lourdes conséquences sur la vie des populations, l’histoire jugera la gouvernance des dirigeants à travers les résultats obtenus pour leurs citoyens, et non simplement à travers leur capacité à accuser leurs voisins.
Minembwe Capital News (MCN)






