À La Haye, Pitchou Shomongo réclame justice pour les Banyamulenge : « Nous voulons la justice, rien d’autre »
Minembwe Capital News
Pitchou Shomongo, président de la Diaspora Plurielle et membre d’une structure internationale d’organisations œuvrant pour la défense des droits humains en République démocratique du Congo (RDC), a appelé la communauté internationale à accorder davantage d’attention aux questions de sécurité, de droits humains et de justice concernant les Banyamulenge dans l’est de la RDC.
Shomongo s’est exprimé à La Haye, aux Pays-Bas, lors d’activités organisées par des représentants de la société civile et des Congolais de la diaspora, visant à dénoncer ce qu’ils qualifient de « silence de la communauté internationale » face aux crimes et aux violences qui auraient été commis depuis plusieurs années contre des populations banyamulenge.
Ces activités comprenaient notamment une marche organisée devant la Cour pénale internationale (CPI), ainsi qu’une cérémonie de commémoration des Banyamulenge tués à Gatumba, au Burundi, le 13 août 2004, lorsque des réfugiés banyamulenge installés dans ce camp avaient été attaqués.
Shomongo a expliqué que l’objectif de cette mobilisation à La Haye était de porter auprès des institutions internationales chargées de la justice et de la défense des droits humains les préoccupations de populations qui, selon lui, attendent toujours une justice à la hauteur des violences subies.
« Nous l’avons fait en tant que citoyens ayant des responsabilités, en tant qu’êtres humains et en tant que personnes ayant des droits. Nous voulons la justice, rien d’autre. »
Des appels à des enquêtes indépendantes
Dans son intervention, Shomongo a rappelé que les Banyamulenge, une communauté congolaise vivant principalement dans les hauts plateaux de la région de Mulenge, dans la province du Sud-Kivu, sont confrontés depuis plusieurs années à des problèmes de sécurité, à des discriminations et à des violences qui seraient, dans certains cas, liées à leur appartenance communautaire.
Il a affirmé qu’à différentes périodes, les Banyamulenge avaient été victimes d’attaques, d’expulsions, de destructions de leurs biens, de meurtres, de déplacements forcés ainsi que d’autres actes de violence à caractère ethnique.
Selon lui, le problème ne réside pas uniquement dans les violences elles-mêmes, mais également dans le fait que certaines affaires n’auraient pas fait l’objet d’enquêtes suffisamment approfondies permettant d’établir les responsabilités.
Shomongo a ainsi demandé que toutes les allégations de violences commises contre les populations banyamulenge fassent l’objet d’enquêtes indépendantes et approfondies, afin d’établir les faits et de traduire en justice les personnes qui en seraient responsables, conformément à la loi.
Il a réitéré son message :
« Nous voulons la justice, rien d’autre. »
Gatumba, une mémoire toujours vive
L’un des principaux moments de ces activités a été consacré à la mémoire des victimes du massacre perpétré dans le camp de réfugiés de Gatumba, au Burundi, le 13 août 2004.
Ce jour-là, des réfugiés banyamulenge installés dans le camp avaient été attaqués. Le massacre avait fait plus de 160 morts et plusieurs blessés.
Cet événement est devenu l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire récente des Banyamulenge et demeure également un événement majeur dans l’histoire sécuritaire de la région des Grands Lacs.
Pour Shomongo, commémorer les victimes de Gatumba ne consiste pas uniquement à raviver la douleur des survivants et des familles endeuillées. Il s’agit également de rappeler que les crimes commis contre des personnes en raison de leur appartenance communautaire ne doivent pas tomber dans l’oubli et que la quête de justice doit se poursuivre.
Il a estimé que l’absence de réponses judiciaires satisfaisantes concernant plusieurs crimes commis dans la région contribue à maintenir la méfiance des survivants et des populations à l’égard des mécanismes de justice internationale.
Préoccupations concernant la situation sécuritaire à Minembwe
Shomongo est également revenu sur la situation sécuritaire et humanitaire dans la région de Minembwe, au Sud-Kivu.
Il a exprimé ses préoccupations concernant les actions menées par des forces étrangères ainsi que par d’autres acteurs impliqués dans la situation sécuritaire de cette région. Selon lui, certaines opérations auraient eu des conséquences importantes sur les populations civiles, accentuant leur isolement et affectant leurs conditions de vie ainsi que l’accès à l’aide humanitaire.
Dans un langage particulièrement ferme, Shomongo a qualifié certaines de ces actions de « génocidaires », tout en appelant les autorités compétentes à mener des enquêtes afin d’établir les faits et les responsabilités.
Il a également critiqué le fonctionnement de la communauté internationale, notamment celui des Nations unies (ONU) et de l’Union européenne (UE), estimant que ces institutions n’accorderaient pas suffisamment d’attention aux allégations de violences rapportées dans différentes zones de Minembwe.
Il a aussi exprimé ses inquiétudes concernant certaines organisations de défense des droits humains opérant en RDC, affirmant que des allégations relatives aux Banyamulenge n’auraient pas toujours été documentées ou suivies de manière suffisante.
Pour Shomongo, la documentation et la conservation des preuves constituent une étape essentielle dans la quête de justice, car il estime qu’il est difficile de construire une procédure judiciaire solide à partir de faits qui n’ont pas été documentés, vérifiés ou conservés comme éléments de preuve.
Il a indiqué que certains membres de la société civile se sont rendus dans des zones difficiles d’accès afin de recueillir des informations sur les conditions de vie des populations et les problèmes sécuritaires auxquels elles sont confrontées.
Pour une solution pacifique et durable
Bien que son message soit principalement axé sur la justice et la défense des victimes, Shomongo a également insisté sur le fait qu’une solution durable aux crises qui secouent l’est de la RDC ne peut reposer sur la violence armée ou sur la haine ethnique.
Il a appelé les populations de la région des Grands Lacs à vivre en paix, à se respecter mutuellement et à rejeter les discours de haine ainsi que les violences fondées sur l’appartenance communautaire.
« Nous voulons que les gens vivent en paix. Nous voulons que les gens vivent ensemble dans de bonnes conditions. »
Shomongo a souligné que les populations de la région des Grands Lacs partagent une histoire et des relations profondes, estimant que les frontières héritées de la période coloniale ne devraient pas servir de prétexte à la division des populations ou à la perpétuation de conflits.
Il a appelé à faire de la RDC un pays dans lequel chaque citoyen puisse vivre en sécurité et bénéficier des mêmes droits que les autres, sans être discriminé ou persécuté en raison de son appartenance communautaire.
Une histoire marquée par les tensions
L’histoire des Banyamulenge dans l’est de la RDC reste marquée par des débats et des tensions liés notamment à la citoyenneté, à l’accès à la terre et aux questions de sécurité.
À différentes périodes, les populations banyamulenge ont été confrontées à des violences et à des déplacements, dans un contexte marqué par des tensions politiques et communautaires. Certains ont été tués, tandis que d’autres ont été contraints de fuir leur pays.
Le massacre de Gatumba, en 2004, demeure l’un des événements ayant illustré la gravité de ces tensions. Au cours des années suivantes, l’instabilité et les conflits armés au Sud-Kivu ont continué à affecter les populations civiles, y compris les Banyamulenge, avec diverses allégations faisant état d’attaques, de déplacements forcés, de destructions de biens et d’autres formes de violence.
Cependant, la situation sécuritaire au Sud-Kivu demeure complexe et implique de nombreux acteurs, notamment des groupes armés, les forces gouvernementales et des forces burundaises.
Dans ce contexte, des enquêtes indépendantes, impartiales et approfondies sont essentielles pour établir les faits, déterminer les responsabilités de chaque partie et distinguer les allégations des faits effectivement établis par des preuves.
« Ce n’est que le début »
Shomongo a précisé que la mobilisation organisée à La Haye ne constituait pas une initiative ponctuelle, mais plutôt le début d’une campagne plus large destinée à continuer de faire entendre la voix des Banyamulenge au niveau international.
Il a indiqué que les organisations de la société civile et les Congolais de la diaspora poursuivraient leurs efforts pour documenter et conserver les informations relatives aux violences alléguées, donner la parole aux victimes et demander que les personnes soupçonnées de crimes répondent de leurs actes devant la justice.
« Nous sommes ici parce que nous n’avions pas d’autre choix. »
Pour les participants à cette mobilisation, la commémoration des victimes de Gatumba doit être comprise comme une démarche visant à préserver la mémoire, à rechercher la vérité et à réclamer justice, plutôt que comme une initiative destinée à alimenter les divisions.
Pour Shomongo, une paix durable dans la région des Grands Lacs ne pourra être construite que si la vie et les droits de chaque citoyen sont protégés, si les violences fondées sur l’appartenance communautaire sont fermement condamnées et si toutes les victimes ont accès à une justice indépendante, impartiale et équitable.
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