Larmes et colère au camp de Nyenkanda : des réfugiés congolais accusent des agents burundais de détournement d’aides humanitaires, la police ouvre le feu sur des manifestants
Dans un contexte où la question des réfugiés congolais continue de prendre une ampleur croissante dans la région des Grands Lacs, le camp de Nyenkanda, situé au Burundi, a de nouveau été le théâtre de graves allégations de violations des droits humains, d’insécurité et de mauvaise gestion des aides destinées aux réfugiés, à la suite d’une manifestation d’envergure survenue le 20 mai 2026.
Cette manifestation a été organisée par des réfugiés congolais hébergés dans ce camp. Ces derniers accusent certains agents burundais travaillant avec les structures en charge des réfugiés, ainsi que des responsables de la sécurité, de détournement et de confiscation des aides humanitaires destinées à améliorer leurs conditions de vie.
Des informations en provenance du camp indiquent que ces aides comprenaient des biens de première nécessité tels que des couvertures, des lampes ainsi que des matelas, des articles que les réfugiés affirment attendre depuis longtemps en raison de leurs conditions de vie précaires et difficiles.
Il est rapporté que chaque personne devait recevoir deux couvertures, tandis que chaque ménage devait bénéficier d’au moins deux lampes, voire davantage selon la taille de la famille. Cependant, malgré l’arrivée présumée de ces fournitures dans le camp, les réfugiés affirment ne rien avoir reçu.
Le camp de Nyenkanda accueille un grand nombre de réfugiés ayant fui les conflits et l’insécurité dans l’est de la République démocratique du Congo, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, une région marquée depuis plusieurs années par des violences armées, des massacres et des affrontements récurrents entre la coalition Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) et les forces armées de la RDC, soutenues par les forces burundaises ainsi que par les milices Wazalendo et les FDLR.
De nombreux réfugiés ayant trouvé refuge au Burundi espéraient y trouver la paix, une protection et de meilleures conditions de vie. Toutefois, les informations provenant de Nyenkanda indiquent une détérioration continue de leur situation humanitaire. Des cas de famine, de maladies, de pauvreté extrême et d’insuffisance d’assistance y sont signalés.
Des sources proches du dossier indiquent que la colère des réfugiés a commencé à s’intensifier après avoir appris que d’autres camps au Burundi, notamment celui de Gasorwe dans la province de Muyinga ainsi que celui de Bwagiriza, avaient déjà reçu ces mêmes aides, tandis que Nyenkanda aurait été laissé pour compte, alors même que les fournitures étaient déjà arrivées sur place.
Les réfugiés soupçonnent ainsi l’existence de manœuvres visant à dissimuler ou détourner les aides destinées aux populations du camp.
Certains réfugiés accusent également des agents burundais, en collaboration avec des responsables sécuritaires, d’avoir empêché la distribution effective de ces aides afin de les détourner ou de les revendre de manière clandestine.
Des informations non confirmées circulant dans le camp indiquent qu’un responsable chargé de la gestion des aides, connu sous le nom d’Ibwe et originaire de la communauté Babembe de RDC, aurait été arrêté avant les événements.
Il est allégué que cet administrateur aurait été contraint par certaines autorités burundaises de signer un document attestant que les réfugiés de Nyenkanda avaient bien reçu les aides prévues, alors qu’aucune distribution n’avait eu lieu.
Selon les témoignages des réfugiés, Ibwe aurait refusé de signer ce qu’il aurait qualifié de « mensonge destiné à couvrir le détournement des aides », ce qui aurait conduit à son arrestation et à sa détention dans un lieu tenu secret jusqu’à présent.
Son arrestation aurait été l’élément déclencheur de la colère des réfugiés, qui ont quitté leurs abris pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’injustice, de violations et de détournements visant les populations congolaises du camp.
Le matin du 20 mai 2026, de nombreux réfugiés se sont rassemblés pour organiser une manifestation exigeant la libération d’Ibwe ainsi que la distribution des aides annoncées.
Selon plusieurs sources, certains manifestants se sont rendus aux bureaux du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR/UNHCR) dans la zone, afin d’exiger des explications sur le retard et les disparités dans la distribution des aides.
Par la suite, la situation a dégénéré lorsque la police burundaise est intervenue pour disperser la manifestation par la force.
Des témoins affirment que les forces de l’ordre ont ouvert le feu au milieu des réfugiés afin de les disperser, provoquant une grande panique, des scènes de chaos et une profonde détresse au sein du camp.
Des informations font état de nombreuses arrestations, de blessés et de personnes portées disparues à la suite de cette intervention.
À ce jour, le bilan exact des morts et des blessés n’est pas encore établi, mais les réfugiés affirment que plusieurs familles restent sans nouvelles de certains de leurs proches depuis ces événements.
Cette crise au camp de Nyenkanda ravive de sérieuses préoccupations concernant les conditions de vie des réfugiés congolais au Burundi, notamment en matière de sécurité, d’assistance humanitaire et de respect de leurs droits fondamentaux.
Au cours des dernières années, les réfugiés congolais au Burundi ont régulièrement signalé des cas de violations des droits humains, d’arrestations arbitraires, de restrictions de liberté et d’insuffisance d’aide humanitaire.
Les organisations de défense des droits humains appellent à l’ouverture d’une enquête indépendante et approfondie sur les événements survenus dans le camp, en particulier sur les accusations de tirs contre des civils, de détournement d’aides et de disparitions forcées.
Certains appellent également le HCR et d’autres organisations internationales à renforcer le suivi de la gestion des aides humanitaires destinées aux réfugiés, afin de déterminer si des détournements ont effectivement eu lieu.
Alors que les autorités burundaises ne se sont pas encore exprimées officiellement sur ces allégations, les réfugiés de Nyenkanda continuent de vivre dans un climat de peur et de profonde incertitude.
Beaucoup déclarent perdre progressivement confiance dans le pays d’accueil, alors qu’ils y avaient cherché protection, sécurité et une nouvelle vie après des années de conflit et de souffrances en République démocratique du Congo.






