« Si Fayulu avait été président, à quoi ressemblerait le Congo ? » — Ruberwa condamne fermement ses propos sur les Banyamulenge
MINEMBWE CAPITAL NEWS
L’ancien vice-président de la République démocratique du Congo, Azarias Ruberwa Manywa, a vivement réagi aux propos récemment tenus par l’homme politique de l’opposition Martin Fayulu au sujet des Banyamulenge.
Azarias Ruberwa s’est exprimé à ce sujet au cours d’une Space Live organisée par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, dans la soirée du jeudi. Il a publiquement critiqué les propos tenus par Martin Fayulu lors d’une rencontre avec des Congolais vivant en Belgique.
Martin Fayulu avait notamment déclaré que les Banyamulenge ne constituaient pas une ethnie congolaise, une déclaration qui a immédiatement suscité de vives réactions dans les milieux politiques et sociaux congolais, particulièrement autour des questions liées à la nationalité et à l’histoire des Banyamulenge en République démocratique du Congo.
Azarias Ruberwa a fermement rejeté cette position, estimant que de tels propos doivent être condamnés sans ambiguïté.
Selon lui, un tel discours est « honteux et déplorable » et pourrait, par sa portée, se rapprocher d’un langage à caractère discriminatoire fondé sur l’appartenance ethnique.
Pour l’ancien vice-président, le problème ne réside pas uniquement dans le fait que Martin Fayulu ait évoqué les Banyamulenge, mais surtout dans la manière dont il l’a fait et dans les conséquences que de tels propos peuvent avoir sur la cohésion nationale.
Ruberwa invoque la Constitution et les lois sur la nationalité
En réponse aux déclarations de Martin Fayulu, Azarias Ruberwa s’est référé à l’article 10 de la Constitution de la République démocratique du Congo, ainsi qu’à l’article 6 de la loi relative à la nationalité congolaise.
Il a expliqué que, sur la base de ces dispositions légales, la question de la nationalité des Banyamulenge ne devrait pas être abordée uniquement sous l’angle de l’ethnie ou de l’origine des individus, mais qu’elle doit être examinée à la lumière du droit congolais.
Ruberwa a également rappelé que les textes juridiques fondamentaux adoptés au moment de l’accession du Congo à l’indépendance, en 1960, contenaient déjà des dispositions relatives aux populations et communautés établies sur le territoire congolais.
Pour l’ancien vice-président, le débat sur la question de savoir si les Banyamulenge sont Congolais ou non ne devrait donc pas être tranché par des déclarations politiques, mais plutôt être examiné à travers les lois et l’histoire du pays.
Ruberwa a par ailleurs dénoncé ce qu’il considère comme une confusion délibérée entre l’histoire des Banyamulenge et celle des réfugiés rwandais arrivés au Congo à différentes périodes, notamment après le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994.
Selon lui, le fait que certaines personnes venues du Rwanda se soient installées au Congo à différentes périodes ne devrait pas servir de fondement pour contester la nationalité de personnes qui étaient déjà établies sur le territoire congolais avant ces événements.
À ses yeux, utiliser l’histoire des réfugiés arrivés au cours des années suivantes pour expliquer ou nier l’histoire des Banyamulenge revient à mélanger des réalités historiques distinctes.
Ruberwa revient sur l’histoire des Banyamulenge
Au cours de son intervention, Azarias Ruberwa est également revenu sur l’histoire des Banyamulenge.
Il a affirmé que plusieurs recherches et ouvrages historiques font état de la présence de populations banyamulenge dans certaines régions de l’Est du Congo bien avant la création de la République démocratique du Congo.
Ruberwa a notamment déclaré que ses ancêtres seraient arrivés au Congo bien avant 1594, tout en évoquant des documents historiques qui feraient état de la présence de populations banyamulenge dans cette région avant 1885.
L’ancien vice-président a également évoqué différentes communautés et dynamiques historiques liées aux mouvements de populations dans la région des Grands Lacs, afin de montrer que l’histoire des migrations en Afrique centrale est ancienne, complexe et difficile à résumer en quelques affirmations.
Selon lui, vouloir simplifier cette histoire ou l’utiliser pour retirer à une communauté son droit à la nationalité risque de conduire à une interprétation erronée de l’histoire.
Ruberwa revient sur les propos de Fayulu concernant les massacres des Banyamulenge
Un autre point ayant particulièrement choqué Azarias Ruberwa concerne la réponse donnée par Martin Fayulu à une question portant sur les massacres dont les Banyamulenge ont été victimes dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Ruberwa a expliqué qu’il avait rencontré Martin Fayulu à Washington, au mois de février de cette année, lors d’une rencontre réunissant plusieurs responsables politiques et Congolais. C’est à cette occasion, selon lui, qu’une discussion avait notamment porté sur les violences et les massacres commis contre les Banyamulenge.
Azarias Ruberwa a indiqué que la réponse apportée par Fayulu à cette question l’avait profondément affecté, estimant qu’elle ne témoignait pas, selon lui, de la compassion que devrait manifester toute personne confrontée à la question de populations victimes de massacres.
D’après le récit de Ruberwa, Martin Fayulu avait été interrogé sur les massacres commis contre les Banyamulenge, mais avait répondu en mettant davantage l’accent sur les massacres commis contre les Congolais dans leur ensemble, tout en s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles le terme « Genocost » était utilisé.
Pour Ruberwa, la gravité d’un massacre ne devrait jamais être évaluée en fonction de l’identité ethnique des victimes.
Il a insisté sur le fait que la vie humaine doit avoir la même valeur, indépendamment de l’ethnie, de la région ou de la communauté à laquelle appartient la victime.
Ruberwa : de tels discours risquent d’aggraver les blessures politiques et historiques
Azarias Ruberwa a également souligné que la République démocratique du Congo est confrontée depuis plusieurs décennies à des conflits et tensions liés à l’histoire, à la politique, à la nationalité et aux questions identitaires.
Dans ce contexte, il estime que les responsables politiques ont la responsabilité de privilégier un langage susceptible de renforcer l’unité nationale, plutôt que des discours pouvant alimenter la méfiance et les divisions entre Congolais.
Il a souligné que la question des Banyamulenge est depuis longtemps utilisée dans les débats politiques et que la persistance de discours de cette nature pourrait avoir de lourdes conséquences sur la coexistence entre les populations et sur la paix dans l’Est du Congo.
« Si Fayulu avait été président, à quoi ressemblerait le Congo ? »
Dans une intervention particulièrement ferme, mais formulée avec prudence, Azarias Ruberwa s’est également interrogé sur ce qu’aurait pu être la République démocratique du Congo si Martin Fayulu était devenu président de la République.
Selon Ruberwa, les propos tenus par Fayulu sur les Banyamulenge amènent à se demander si sa conception du pouvoir aurait été fondée sur l’unité de tous les Congolais, ou si certaines communautés auraient pu avoir le sentiment d’être exclues de la communauté nationale.
Il a ajouté qu’en raison de la position occupée par Martin Fayulu dans la vie politique congolaise, ses déclarations revêtent une importance particulière et doivent, par conséquent, être mesurées avec responsabilité.
Ruberwa est allé jusqu’à estimer que, compte tenu de tels propos, Martin Fayulu ne devrait pas être considéré, selon son appréciation personnelle, comme une personnalité susceptible d’exercer les plus hautes responsabilités de l’État ou de représenter l’ensemble des citoyens congolais.
La question des Banyamulenge demeure au cœur d’un débat majeur en RDC
Les déclarations de Martin Fayulu et la réaction d’Azarias Ruberwa ont une nouvelle fois remis au centre du débat une question qui divise depuis plusieurs décennies la République démocratique du Congo : la nationalité, l’histoire et la place des Banyamulenge dans la société congolaise.
Cette question est étroitement liée aux conflits qui ont marqué l’Est du pays, aux problèmes fonciers, aux tensions identitaires, aux déplacements de populations, aux mouvements de réfugiés ainsi qu’à l’histoire complexe des guerres dans la région des Grands Lacs.
D’un côté, certains soutiennent que la question des Banyamulenge doit être analysée à travers l’histoire des différents mouvements de populations vers le Congo.
De l’autre, les Banyamulenge et ceux qui les considèrent comme une communauté congolaise établie de longue date affirment que leur histoire au Congo est ancienne et que leur nationalité ne devrait pas continuer à faire l’objet d’un débat politique.
Alors que la controverse se poursuit, les déclarations d’Azarias Ruberwa montrent que la question banyamulenge dépasse désormais largement le cadre d’un simple affrontement politique entre deux personnalités.
Elle touche à des enjeux fondamentaux liés à l’histoire, au droit, à la nationalité, aux droits humains, à la coexistence entre communautés et à l’avenir de l’unité nationale en République démocratique du Congo.






